Le Bois-de-Maine, un château médiéval, des châteaux médiévaux ?

Cliquez pour agrandir l'image Fig. 1 : Château du Bois-de-Maine, façade orientale ©Y. Guillotin

Cliquez pour agrandir l'image Fig. 2 : La tour nord, côté oriental, bordée par la Mayenne ©Y. Guillotin

Cliquez pour agrandir l'image Fig. 3 : Plan du rez-de-chaussée ©V.Desvigne

Cliquez pour agrandir l'image Fig. 4 : Charpente de la tour nord ©Y. Guillotin

Cliquez pour agrandir l'image Fig. 5 : Entrée d’une des casemates de tir du sous-sol de la tour nord, avec bouche à feu ©Y. Guillotin

Situé aux confins du Maine, sur la frontière actuelle de la Normandie, dans la commune de Rennes-en-Grenouilles, le château du Bois-de-Maine est le fruit d’une histoire beaucoup plus complexe que ce que les écrits du marquis de Beauchêne auraient pu le laisser croire au premier abord. Etudié dans le cadre des inventaires de l’ancien canton de Lassay-les-Châteaux et des rives de Mayenne, son histoire se révèle peu à peu aux yeux des chercheurs.

Le marquis de Beauchêne, dans son article de 1902, restitue minutieusement la liste des seigneurs du lieu et l’évolution de leurs liens vassaliques avec les seigneuries environnantes, ainsi que l’histoire mouvementée du château pendant la guerre de Cent Ans. En revanche, la période de construction qu’il propose de donner à la partie médiévale du château, 14e ou 15e siècle, paraît désormais fantaisiste au vu des dernières découvertes.
Construit sur une plate-forme dont les douves sont aujourd’hui comblées, le château est composé d’un corps de logis principal, orienté nord-sud, et de deux tours en forme de fer à cheval au nord et au sud. La tour nord, bordée par la Mayenne et donc tournée vers la Normandie, présente des dispositifs de défense : trois casemates de tir dans la cave et mâchicoulis (fig. 2). Les casemates de tir des premier et deuxième niveaux ont en partie perdu leurs bouches à feu, remplacées par de plus larges fenêtres. La tour sud, avec ses grandes fenêtres, ne semble pas avoir eu de fonction défensive.
Les relevés en plan très précis (fig. 3) permettent d’éclaircir les différentes phases de construction de cet ensemble. Des maçonneries extrêmement épaisses, au sud et à l’ouest du corps de logis principal, dans l’épaisseur desquelles un escalier droit permettait de monter de la cave au deuxième niveau, révèlent la présence d’un édifice antérieur à la construction actuelle, dont seuls ces pans de murs, reconnaissables à leur maçonnerie de gros moellon équarri, subsistent. Cela est insuffisant pour tirer la moindre conclusion sur la datation de la construction primitive, ni sur sa forme originale, mais l’on aimerait à penser à un donjon quadrangulaire antérieur au 15e siècle.
La suite de l’histoire nous est racontée par les bois des charpentes de la tour nord (fig. 4) et du corps de logis. Leur excellent état de conservation a permis leur datation par dendrochronologie . De cette analyse, il peut être conclu que le corps de logis principal a été reconstruit vers 1483, sur une base plus ancienne, et la tour nord vers 1484. Cette dernière datation est corroborée par la forme des casemates et des embouchures de tir (fig. 5), encore visibles dans les caves. La reconstruction du château est donc postérieure de plusieurs décennies à la fin de la guerre de cent ans. N’en déplaise à Beauchêne, il n’y a donc jamais eu de prisonniers français dans les caves de cette tour au moment de l’occupation anglaise du château (entre 1418 et 1448 environ).
Cette adaptation d’un château ancien (ruiné par la guerre ?) à des normes militaires et à un mode de vie contemporains est due à Antoine de Chources, qui possédait également les seigneuries de Boullay  (Mayenne, commune du Housseau-Brétignolles) et de Maigné (Sarthe). Conseiller et chambellan de Charles VIII, capitaine de la ville d’Angers, Antoine de Chources évoluait parmi les plus hauts cercles militaires du royaume. Il n’est donc pas anodin qu’il s’occupe de la reconstruction de son château, situé à proximité des marches de Bretagne, au moment où les relations entre cette dernière et le royaume de France se tendent. De même, l’acquisition de la seigneurie d’Averton en 1484, dans l’Orne, devait très certainement correspondre à une stratégie globale d’implantation sur un territoire clé.
L’édifice continue à évoluer après le décès d’Antoine de Chources, survenu en 1485. Au 17e siècle, des baies sont agrandies et des lucarnes ajoutées. Une tour est ajoutée au sud de l’édifice en 1773, comme l’indique la date inscrite sur la charpente, non plus pour des raisons militaires, mais dans un souci esthétique de symétrie. Une tourelle dotée de faux mâchicoulis, d’inspiration médiévale, est accolée à la tour nord au 19e siècle.

Nicolas Foisneau et Marion Seure

1. BEAUCHESNE (Adelstan de), « Le Bois de Maine », Revue historique et archéologique du Maine, t. LI, 1902, p. 30-53. Propriétaire du château de Lassay dans les premières années du 20e siècle et membre actif de la Société d’Histoire et d’Archéologie de la Mayenne, Adelstan de Beauchêne est localement connu pour ses écrits historiques sur les monuments des environs (châteaux de Lassay, du Bois-Thibault…).
Dendrochronologie : méthode qui consiste à dater la date d’abattage d’un arbre par mesure des cernes.

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