Découvrez le château de Brissac, Maine-et-Loire

Cliquez pour agrandir l'image Le château de Brissac ©Bruno Rousseau, Conservation départementale du patrimoine de Maine-et-Loire

Cliquez pour agrandir l'image Le château de Brissac : une façade richement ornée ©Bruno Rousseau, Conservation départementale du patrimoine de Maine-et-Loire

Cliquez pour agrandir l'image Le château de Brissac ©Bruno Rousseau, Conservation départementale du patrimoine de Maine-et-Loire

Cliquez pour agrandir l'image Charles II de Cossé fait reconstruire le château de 1606 à 1624. ©Bruno Rousseau, Conservation départementale du patrimoine de Maine-et-Loire

Cliquez pour agrandir l'image Plan du rez-de-chaussée du château de Brissac in DAUVERGNE R., Le château de Brissac au XVIIIe siècle, Paris, 1945, p.127.

Classé au titre des monuments historiques depuis 1958, Brissac, le plus haut château de France avec sept étages, est sans doute l’un des plus beaux et déroutants exemples de l’architecture française du règne de Louis XIII.

Le château médiéval fut édifié entre 1483 et 1497 pour Jacques de Brézé, grand sénéchal de Normandie, sur le site d’une demeure plus ancienne, dont il ne reste aujourd’hui plus de traces et au sujet duquel les sources sont limitées. Cette commande architecturale est alors un moyen pour Jacques de Brézé d’affirmer sa reprise du domaine familial confisqué à son père par Louis XI entre 1470 et 1483. Après l’achat en 1502 de la propriété par René de Cossé, le château connait quelques travaux, comme le couronnement de la tour sud, mais aucun ne modifie fondamentalement la physionomie de l’édifice. Au sortir des guerres de religion, la résidence est en ruine et Charles II de Cossé  décide de la faire reconstruire dès 1606-1607. Le programme prévoit l’édification, dans un premier temps, du pavillon nord-ouest (Voir plan) à partir duquel les autres pavillons et corps de logis sont élevés. Ainsi, sur une période de dix années, jusqu’en 1616, une large partie du projet initial est réalisée, y compris le corps de logis reliant les anciennes tours de défense nord et sud. Cette courte description des phases du chantier, témoigne des importants moyens financiers et humains engagés par Charles II de Cossé pour que sa résidence, reflet de la dignité de son rang, soit rapidement élevée. Après cette première période consacrée au gros œuvre, une seconde phase, allant de 1616 à 1624, est dédiée au second œuvre et aux décors sculptés.

Des façades caractéristiques de l’architecture du règne de Louis XIII

Si la monumentalité de l’édifice est un élément marquant pour le visiteur, ses décors et parements proposent nombre de variations dont le but principal est de créer la surprise et l’émerveillement. Le rythme des travées, les formes démultipliées d’ouvertures, de frontons, de grandes lucarnes et de vocabulaire ornemental des façades d’entrée (à l’est) et sur cour (ouest/nord-ouest) sont représentatifs de la valeur accordée au XVIIe siècle aux espaces nobles du château (voir figure). En ce qui concerne le répertoire, on remarque l’omniprésence d’éléments structurants et décoratifs dont le but est de donner du relief à l’élévation. Ainsi, des bandeaux, des chaînes traités en bossage chanfreiné, des bossages continus adoucis, des pilastres à bossages (chanfreinés ou adoucis), des doubles frontons (triangulaires renfermant deux petits curvilignes) ou encore des niches et ornements végétaux, participent à cet effet. La surenchère visuelle de ces parties du château de Brissac n’est pas sans rappeler les façades « maniéristes » de la seconde moitié du XVIe siècle à l’image du château de Charleval construit pour Charles IX par Jacques Ier Androuet du Cerceau. Toutefois, si les goûts des dernières décennies du XVIe siècle transparaissent et semblent anachroniques, ils ne sont pas moins en vogue sous le règne de Louis XIII, comme en témoigne l’hôtel de Sully à Paris (1624).
A contrario, les façades ouvrant sur le parc au nord et au sud n’ont pas fait l’objet du même traitement, du fait justement de leurs orientations, et donc d’un rôle d’apparat plus secondaire. En tout cas, ont été conservées les proportions générales des travées et des ouvertures, ainsi que les bandeaux et chaînes soit le strict minimum requis pour donner de la régularité à ces élévations. Les ornements sont très limités et ne sont que ponctuellement présents dans les grandes lucarnes, à l’image des ailerons et des armes en bas-relief. Si ces façades semblent être déséquilibrées par rapport aux autres, ce sont en fait elles qui servent de base au vaste déploiement du vocabulaire ornemental puisque le pavillon nord-ouest est le premier édifié (1607 et 1610). Par ailleurs, elles correspondent parfaitement au goût pour les élévations simplement rythmées par des lignes horizontales et verticales de ces deux premières décennies du XVIIe siècle. L’exemple contemporain le plus parlant de cette nouvelle sobriété esthétique est sans doute la place des Vosges à Paris. Édifiée entre 1605 et 1612 sous l’impulsion d’Henri IV sur les plans de Clément Métezeau, elle affiche cette tendance pour l’équilibre des élévations en n’utilisant pour les hôtels particuliers que des chaînes et des bandeaux.
Le château de Brissac s’affirme comme un condensé des hésitations architecturales et stylistiques de cette première moitié du XVIIe siècle. La synthèse qu’il propose est sans précédent à l’échelle ligérienne et pose la question du maître d’œuvre de cette commande pour Charles II de Cossé.

Architecte parisien ou architecte local ?

Cette question de l’attribution du château de Brissac perdure depuis de très nombreuses décennies et n’a, à l’heure actuelle, reçu aucune réponse incontestable. L’historiographie mentionne depuis longtemps la présence à Brissac en 1615 de Julien Dangluze, architecte du roi, et lui accorde, dans certains cas, la construction du château.
Cependant, si ce dernier est renseigné par les sources sous la qualité « d’architecte du roi »,il n’est pas pour autant le seul homme capable de répondre à la demande du commanditaire. Rappelons d’ailleurs qu’au début du XVIIe siècle, cette charge d’architecte du roi demeure relativement confuse, car elle est donnée de manière aléatoire et parfois arbitraire à certains hommes de métier. Ainsi, cette mention ne permet pas de lier directement Dangluze à une qualité élevée, d’autant qu’aucune œuvre, ni aucun chantier royal ne lui sont connus. Par conséquent, l’attribution de cette commande majeure est à revoir. C’est un témoin contemporain, Jehan Louvet, clerc au greffe civil du présidial d’Angers, qui indique une seconde piste dans son journal, tenu entre1560 et 1634. Ses écrits de l’année 1624 signalent  qu’une porte monumentale fut édifiée en 1624 au « palois royal » par « grand architecte, lequel a faict et rebasty le chasteau de Brissac, les fortifications et forteresses qui ont esté par luy faict faire, par deffunct M. le maréchal de Brissac, gouverneur pour le roy, à Blavet ». Par cette phrase, on comprend que l’architecte à l’origine du portail du présidial d’Angers est également l’auteur du château de Brissac et de la reconstruction de la citadelle du Blavet (Port-Louis) à Lorient. Si Louvet n’indique par le nom de ce grand architecte, les registres paroissiaux du Morbihan et de Maine-et-Loire gardent sa trace. Ainsi, Jacques Corbineau est présenté dans un acte de baptême port-louisien de 1618 comme étant « architecque pour le roy au portz louyz ». Par là, on peut aisément en déduire que Jacques Corbineau est chargé des œuvres de la citadelle de Port-Louis et que donc, par extension, selon le journal de Louvet, il est aussi l’architecte du portail d’Angers ainsi que du château de Brissac. IL convient tout de même de nuancer cette attribution du fait du manque de sources archivistiques, une lacune qui laisse un doute sur le rôle précis de ce dernier dans la conception du programme architectural de Brissac.  
Néanmoins, l’étude que nous menons actuellement sur cette famille d’architecte apportera sans doute de nouvelles clés de lectures. Rappelons que Brissac est le chantier le plus important que les Corbineau aient réalisé durant les premières décennies du XVIIe siècle. En cela, il est un élément indispensable à la connaissance du réseau de maîtres d’œuvres dont ils forment le cœur et surtout, il doit être envisagé comme le lieu d’expression d’un répertoire formel et stylistique.

Bibliographie :

ASSERAY N., Etude patrimoniale de Brissac (Maine-et-Loire) : la ville et son château (XVe-XVIIe siècle), Mémoire de master recherche sous la direction d’Alain Salamagne, Université de Tours, 2016.
DAUVERGNE R., Le château de Brissac au XVIIIe siècle, Paris, 1945.
SALBERT J., Les ateliers de retabliers lavallois aux XVIIe et XVIIIe siècles, étude historique et artistique, Paris, Klincksieck, 1976.

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