Les canaux de dessèchement du Marais poitevin

Cliquez pour agrandir l'image Les portes à l’embouchure du canal des Cinq-Abbés. ©Yannis Suire

Cliquez pour agrandir l'image Le canal de Vienne, traversé par le pont de Puyravault. ©Yannis Suire

Cliquez pour agrandir l'image Le canal du Clain à Sainte-Radégonde-des-Noyers. ©Yannis Suire

Cliquez pour agrandir l'image Le canal du Pont aux chèvres et le pont qui le traverse, à Vix, vue aérienne vers 1960 (coll. part.) ©Collection particulière

Cliquez pour agrandir l'image Le Contrebot de Vix, au Pont de Vix ©Yannis Suire

Cliquez pour agrandir l'image Entre Puyravault et Vix, les marais desséchés et leurs canaux traversés par le Tour de de France le 7 juillet 2018 ; les canaux convergent tous vers la baie de l’Aiguillon. Carte vers 1701 par Claude Masse (SHD, Vincennes). ©Service historique de la Défense, Vincennes

En parcourant le Marais poitevin d’ouest en est, des abords de la baie de l’Aiguillon, en aval, jusqu’aux portes de la « Venise Verte », vers Maillé et Maillezais, l’on traverse de vastes étendues de marais qui ont été desséchés dès le Moyen Age, puis au XVIIe siècle. La route départementale 25 suit cet itinéraire, reliant entre elles les anciennes îles du golfe des Pictons. C’est ce parcours qu’emprunte, le 7 juillet 2018, une partie de la première étape du Tour de France.

Au premier abord, dans ce paysage extrêmement plat, rien ne semble arrêter le regard vers l’horizon, si ce n’est les anciennes îles et presqu’îles, souvent de faible altitude, comme à Puyravault ou Sainte-Radégonde-des-Noyers, parfois bien plus élevées, comme à Chaillé-les-Marais, au Gué-de-Velluire ou à Vix. Surtout, en y regardant de plus près, l’itinéraire franchit plusieurs grands canaux, ouvrages majeurs du système hydraulique du Marais poitevin. Nés il y a huit siècles pour les plus anciens, quatre pour les autres, ils sont encore aujourd’hui en activité.

Des canaux hérités des dessèchements médiévaux


Certains de ces canaux ont été creusés dès les XIIe et XIIIe siècles, à la faveur de la première grande phase de dessèchement du Marais poitevin. Cette première campagne de travaux, étirée sur deux siècles au moins, a concerné la partie la plus aval du Marais, la plus proche de la baie de l’Aiguillon. La longueur de canaux à creuser y était moins importante qu’en amont.

Dès 1199, l’abbaye de Moreilles entreprend de mettre en valeur les marais qu’elle possède autour des anciennes îles de Moreilles et Chaillé-les-Marais. Pour ce faire, elle creuse un canal entre l’extrémité nord-ouest de l’ancienne île de Chaillé, et la baie de l’Aiguillon, dont les contours se trouvent alors probablement bien plus en amont qu’aujourd’hui. Ce canal, appelé achenal du Bot Neuf, frôle le bourg de de Sainte-Radégonde-des-Noyers, où il est franchi par un pont, et file vers le sud pour évacuer l’eau dans la baie de l’Aiguillon. Mis à mal par les guerres de Cent ans puis de Religions, il est rétabli dans les années 1640 par la nouvelle Société des marais desséchés du Petit-Poitou, et prend alors le nom de canal du Clain (en référence à la rivière qui passe à Poitiers, ville dont son originaire certains membres de la société ?).

De même, un peu plus à l’ouest, le canal du Temple, qui draine les marais desséchés au nord de Puyravault, est un des plus anciens canaux du Marais poitevin encore utilisé de nos jours. Il fut sans doute creusé au XIIIe siècle, à l’initiative de la commanderie de Puyravault. Comme le précédent, il fut délaissé et mal entretenu aux XVe et XVIe siècles, avant d’être rétabli par le commandeur dans les années 1640. A la Révolution, sa gestion fut reprise par la Société des marais du Commandeur.

Enfin, entre Chaillé-les-Marais et Vouillé-les-Marais, à l’écluse de la Perle, l’itinéraire croise un autre des canaux les plus anciens encore en activité de nos jours. Il résulte lui aussi d'une des premières initiatives d'aménagement du Marais menées à la fin du XIIe siècle et au début du XIIIe, en l'occurrence par cinq abbayes de la région : L'Absie, Saint-Maixent (détentrice du prieuré de Vouillé), Maillezais, Nieul-sur-l'Autise et Saint-Michel-en-l'Herm. Celles-ci sont alors propriétaires d'importants marais autour de Chaillé-les-Marais et Vouillé-les-Marais, et souhaitent en faciliter l'écoulement des eaux. Pour ce faire, elles doivent creuser un canal en direction de la mer, traversant les seigneuries de Chaillé et de Marans. En 1207 et 1217, elles en obtiennent l'autorisation auprès de Pierre de Velluire, seigneur de Chaillé, et de Porteclie de Mauzé, seigneur de Marans. Réhabilité par la Société du Petit-Poitou dans les années 1640, ce canal d’intérêt général sera repris en mains par l’Etat après la Révolution et confié, en 1813, à une Société du canal des Cinq-Abbés, regroupant les différentes municipalités et sociétés de marais riveraines.


Les canaux de dessèchements du XVIIe siècle


En plus de ces canaux d’origine médiévale, réhabilités à l’époque moderne, l’itinéraire qui traverse le Marais poitevin d’ouest en est franchit jusqu’à Maillé plusieurs canaux creusés au milieu du XVIIe siècle, époque de nouvelles conquêtes de terres sur les eaux. Dans les années 1640-1650, de puissantes sociétés de marais desséchés, associations de propriétaires, sont créées en profitant des encouragements pris par les rois Henri IV et Louis XIII peu auparavant. De vastes étendues de marais desséchés sont dès lors mises en valeur depuis la baie de l’Aiguillon jusqu’à Vix, Maillé et Maillezais. En plus des lignes de digues qui s’élèvent pour protéger ces marais des inondations de la Sèvre Niortaise et du retour de la mer par la baie de l’Aiguillon, ces dessèchements écoulent leurs eaux via de nouveaux grands canaux rectilignes qui aboutissent en étoile tout autour de la baie de l’Aiguillon.

Outre le canal du Clain, la Société du Petit-Poitou, une des plus puissantes, creuse ainsi le canal de Vienne qui, long de 12,5 kilomètres, passe entre Champagné et Puyravault et aboutit à l’anse du Brault. Pour ce faire, la Société a dû s’entendre en 1643 avec le commandeur de Puyravault, propriétaire depuis des siècles des terres sur lesquelles le canal devait passer.

Après Le Gué-de-Velluire, en arrivant à Vix puis après avoir traversé son bourg, la route D25 croise deux des canaux secondaires qui, connectés aux grands canaux principaux, assurent la collecte de l’eau et son évacuation vers la mer. Le canal de Gargouilleau résulte de travaux de dessèchements menés au XVIIIe siècle dans un espace que l’on avait renoncé à mettre en valeur, car trop humide, au siècle précédent. Quant aux canal du Pont aux chèvres, il a été tracé en 1696 pour améliorer le système de dessèchement des marais au nord de l’ancienne île de Vix et faciliter l’écoulement des eaux des marais de Doix et Montreuil, au nord.

Ces deux canaux secondaires acheminent leurs eaux vers le dernier grand canal de dessèchement du Marais poitevin traversé par la route D25 en allant vers l’est : le canal de Vix, que la route franchit à Maillé. Avec ses 25 kilomètres, il est l’un des plus longs du Marais poitevin. Principal canal évacuateur des marais desséchés de Maillezais, Maillé, Vix et L’Ile-d’Elle, il a été creusé à partir de 1656 environ par la Société des marais de Vix-Maillezais, autre grande association d’investisseurs avec la Société du Petit-Poitou. A Maillé et à L’Ile-d’Elle, il croise deux rivières, l’Autise et la Vendée, sans que leurs eaux ne se mélangent aux siennes, grâce à deux aqueducs construits en 1663-1664. Parallèle au canal de Vix, le Contrebot de Vix est un canal d’intérêt général, comme le canal des Cinq-Abbés. Il a été tracé en 1662 pour aider la Sèvre Niortaise, à laquelle il est connecté, à évacuer toutes ses eaux jusqu’à la baie de l’Aiguillon, et remédier à l’effet d’entonnoir créé par les digues de dessèchement qui couraient depuis peu de part et d’autre du fleuve.




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