Le château de Lassay (Mayenne) à la loupe des technologies 3D

Cliquez pour agrandir l'image Station du scanner à l’extérieur de l’édifice ©Yann Bernard

Cliquez pour agrandir l'image Vue axonométrique à partir du nuage de points ©Yann Bernard

Cliquez pour agrandir l'image Orthophotographie de la tour Lavoisier et des courtines, côté cour ©Yann Bernard

Cliquez pour agrandir l'image Plan du château, représentant les altitudes relatives ©Yann Bernard

Dans le cadre de l’inventaire de l’ancien canton de Lassay-les-Châteaux, une étude croisant les disciplines et les techniques est menée au château de Lassay afin de renouveler les connaissances à son sujet.

Impressionnant les visiteurs par ses dimensions et son allure de forteresse, connu des spécialistes pour son apparente homogénéité et son bon état de conservation, ce château construit au milieu du XVe siècle n’a pourtant jamais fait l’objet d’une étude complète et approfondie* . Une équipe de spécialistes variés (archéologue, topographe, historien…), s’est ainsi constituée pour enrichir les compétences sur le terrain et confronter les regards. Ce projet de recherche bénéficie des travaux de restauration conduits par les propriétaires : dans le cadre d’une étude sanitaire, menée par l’architecte et visant à définir les priorités des restaurations à venir, un relevé 3D des extérieurs du château a été réalisé. Il a été exécuté par Yann Bernard (VirtualArchéo) et rendu possible grâce au financement de la Drac (Conservation régionale des Monuments Historiques).

La réalité augmentée, une nouvelle approche du patrimoine


L’outil utilisé est un scanner laser FARO X130, d’une portée de 130 mètres. A chaque point capté par le laser sont associés une couleur, une texture et des coordonnées, qui situent ces informations dans l’espace. En raison de la complexité de l’objet relevé, plusieurs stations sont nécessaires afin d’obtenir des séries de nuages de points complémentaires les unes aux autres. Pour permettre l’assemblage des données récoltées lors de chacune des stations, des cibles-repères fixes sont disposées tout au long du parcours. Ainsi, à chaque station, le scanner doit enregistrer des cibles liées à la station précédente et des cibles liées à la station suivante. Le tout constitue un « nuage de points » virtuel, objet numérique en trois dimensions qu’il est possible de manipuler dans toutes les directions.
Des orthophotographies, réalisées à l’aide d’un drone, lui sont associées. Elles permettent d’obtenir une vision sans déformation de tous les parements extérieurs. Les relevés en trois dimensions sont complétés par des relevés en plan de certains espaces intérieurs particulièrement intéressants (les niveaux de cave ou de rez-de-chaussée où se trouvent les canonnières, par exemple). Ces plans en deux dimensions seront couplés au relevé en trois dimensions, pour former un seul et même objet. De cet objet virtuel peuvent être tirés plans à différents niveaux, coupes et orthophotographies, autant de documents qui permettent une étude détaillée de l’édifice.

Comprendre l’édifice dans ses trois dimensions


Outre la rapidité de son exécution en comparaison d’un relevé effectué avec des outils traditionnels, l’intérêt de ce scanner 3D est de voir, penser et appréhender l’édifice dans ses trois dimensions. Il sera par exemple plus facile de restituer le plan de tir, en fonction de la hauteur des canonnières et de la portée des armes. La précision des plans effectués permettra de repérer les anomalies dans la maçonnerie (modifications successives opérées, ajout postérieur d’éléments…). Par ailleurs, l’observation fine du bâti, ainsi que des analyses dendrochronologiques**  qui accompagneront peut-être la suite des restaurations, pourraient révéler les différentes étapes de la construction de château, d’apparence très homogène. Grâce aux compétences de chacun et à l’utilisation du numérique, une vision entièrement renouvelée du château pourra sans doute être proposée à l’issue de cette étude.
* Soulignons néanmoins les études historiques du marquis de Beauchêne, datant du début du XXe siècle, qui mettent en avant certains documents d’archives, ainsi que les articles plus récents d’Alain Salamagne, replaçant le boulevard du château dans son contexte architectural, et de David Foisneau, livrant une synthèse sur l’édifice.
DE BEAUCHENE (Guesdon), Essai historique sur le château de Lassay depuis son origine jusqu’à nos jours, Dumoulin, 1876.
DE BEAUCHESNE (Guesdon), LEFEVRE-PONTALIS (Eugène), « Le château de Lassay (Mayenne) », Bulletin monumental, 1905, p. 13.
FOISNEAU (David), « Lassay, une forteresse de la fin du Moyen Âge », La Mayenne : archéologie, histoire, n°27, 2004.
SALAMAGNE (Alain), « Un exemple rare dans l’architecture défensive du XVe siècle : le boulevard du château de Lassay », La Mayenne, Archéologie, Histoire, 1993, p. 165-210.

** Datation par les cernes du bois.

Retour