Séminaire

Luçon (commune)

Références

Auteur :

Réau Marie-Thérèse

Date d’enquête :

2008

Commanditaire :

Région Pays de la Loire / Ville de Luçon.

Historique

Commentaire historique :
Le premier séminaire de Luçon - autorisé par des lettres patentes du roi en 1611 - a été fondé par Richelieu, alors évêque de Luçon, qui acquit à cet effet la maison de la Souche, correspondant à l'emplacement des actuels 5-7, rue Georges-Clemenceau. L'enseignement est tout d'abord confiée aux prêtres du diocèse, puis aux oratoriens. En partie ruinée par les troupes de Soubise en 1622, l'institution végète jusqu'en 1663, date à laquelle Mgr Colbert, évêque de Luçon de 1661 à 1671, obtient du roi la confirmation des lettres patentes de 1611 et entreprend la construction d'un nouveau séminaire au nord de la ville. Pour l'essentiel, les travaux seront achevés par son successeur Mgr de Barillon, évêque de Luçon de 1671 à 1699 ; en outre, celui-ci ajoutera un petit séminaire, en 1673-1674, en prolongeant vers l'est les ailes du bâtiment principal. La direction du nouvel établissement est tout d'abord assurée par les prêtres du diocèse, puis par les oratoriens, puis par les jésuites (de 1701 à 1758), ensuite par les prêtres du diocèse et enfin, de 1771 à 1791, par les Lazaristes. Nous pouvons imaginer le séminaire du XVIIe siècle grâce à une visite effectuée en 1702, grâce aux plans levés en 1704, à la fin du XVIIIe siècle ou au début du XIXe et, pour le bâtiment principal et l'aile sud, grâce à une photographie prise en 1886. A la Révolution, le séminaire est fermé et les locaux abritent successivement un hôpital militaire (de 1793 à 1796), l'école centrale du département (de 1797 à 1804) et un dépôt de mendicité (de 1809 à 1821). En 1822, les bâtiments sont de nouveau affectés au grand séminaire, qui fonctionnera à cet emplacement jusqu'en 1906. Tout au long du XIXe siècle, d'importantes campagnes de travaux sont entreprises par les architectes départementaux, puis par les architectes diocésains. La première remise en état des bâtiments a lieu dans la perspective de l'installation du dépôt de mendicité. Le projet est établi en 1809 par l'ingénieur Despéramont, qui conduit la première tranche de travaux ; ceux-ci seront achevés par son successeur, l'ingénieur Salomon. Suite à cette affectation, les bâtiments se trouvent dans un état critique ; leur réfection est due à l'architecte départemental Louis-Alexandre Delépine, en 1822-1823, et à son successeur Charles Vétault, en 1826. En 1828, Vétault projette l'extension vers l'est des ailes du bâtiment principal et la reconstruction de la chapelle ; l'extension est réalisée, mais la reconstruction de la chapelle est reportée. Vétault révise son projet de chapelle en 1830 et, cette fois, la construction en est décidée. Ces travaux, réalisés par les entrepreneurs luçonnais Charles et Jean Ballereau, seront achevés en 1835 mais, très tôt, la chapelle posera de graves problèmes d'humidité et devra être assainie quelques décennies plus tard. En 1838, le nouvel architecte départemental, Joseph Malet, reprend le projet non réalisé de Vétault, consistant essentiellement à restaurer le bâtiment principal. Le projet est adopté en 1840, mais nous ignorons s'il a été exécuté ; de même, nous ne saurions affirmer si c'est Vétault ou Malet (plutôt ce dernier à notre avis) qui a construit l'oratoire à l'est du jardin, représenté sur le plan cadastral de 1845. En dépit des travaux évoqués, le séminaire se trouve dans un tel état de dégradation que sa restauration est jugée impossible et que l'on envisage une reconstruction complète. Un avant-projet de reconstruction est établi par l'architecte diocésain Juste Lisch en 1859. Suite au rapport de l'inspecteur général Labrouste, Lisch présente un nouveau projet en 1868 (celui reproduit ici), qui a l'approbation de Mgr Colet ; il s'agit, en partie d'une reconstruction, en partie d'une réfection sur les mêmes fondements. Ce projet est révisé en 1872 et partiellement réalisé de 1873 (date d'adjudication des travaux de la première tranche) à 1880 (date du décompte général des travaux) ; dans cette entreprise, Lisch est secondé par l'inspecteur diocésain Auguste-Victor Loué, qui réside à Luçon. Des photographies anciennes - celle de 1886 principalement - montrent les travaux réalisés, c'est-à-dire la reconstruction complète de l'aile nord par Lisch et la réfection des autres bâtiments. Par la suite, on ne notera que des travaux d'ordre secondaire. Suite à la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat, le séminaire est fermé en décembre 1906. A l'exception de la chapelle (dont l'intérieur sera profondément remanié), il est détruit en 1910 pour édifier une caserne et ses pierres servent à renforcer la digue de l'Aiguillon-sur-Mer. Quelques années plus tard, l'institution sera transférée dans l'ancien collège Richelieu, à l'ouest de la ville.
Datation des campagnes principales de construction :

2e moitié 17e siècle;17e siècle;1ère moitié 19e siècle;19e siècle;2e moitié 19e siècle;19e siècle

Auteur Historique :

Despéramont (ingénieur) ; Salomon (ingénieur) ; Delépine, Louis-Alexandre (architecte) ; Vétault, Charles (architecte) ; Malet, Joseph (architecte) ; Lisch, Juste (architecte) ; Loué, Auguste-Victor (architecte) ; Ballereau, frères (entrepreneur)

Description Architecturale

Matériau(x) de gros œuvre et mise en œuvre :

calcaire ; moellon ; enduit

Matériau(x) de couverture :

tuile creuse

Type de couverture :

toit à longs pans ; croupe ; toit en pavillon

Partie de plan :

plan régulier ; plan allongé

Vaisseaux et étages :

2 étages carrés

État de conservation :

détruit ; vestiges

Localisation

Département :

85

Aire d'étude :

Luçon (commune)

Commune :

Luçon

Adresse :

Président-Wilson

Rue :

Président-Wilson

Latitude :

46,45999603 X

Longitude :

-1,16230325 Y

Intérêt et protection

Situation juridique :

propriété de l'Etat

Documentation

Documents d'archives :

Médiathèque de Poitiers. Fonds Dom Fonteneau (mentions de pièces d'archives concernant le séminaire) : - Vol. XIV, fol. 189 : Lettres patentes du roi, le 27 août 1611, autorisant une imposition sur les bénéfices du diocèse, en vue de la construction d'un séminaire. - Vol. XLIII, fol. 936 : Arrêt du Conseil d'Etat, le 30 avril 1668, au sujet d'une imposition permettant l'achèvement du séminaire. - Vol. XIV, fol. 889 : Mention du début des travaux du petit séminaire à Pâques 1673 ; mention de son ouverture à la Toussaint 1674.;AD Vendée. 3 G 1 : Pièces concernant le premier séminaire, établi à la maison de la Souche (emplacement des actuels 5 -7, rue Georges-Clemenceau). - Le 15 mars 1612, décret d''adjudication de la maison de la Souche (appartenant à Claude Arnaudeau) à l'évêque de Luçon, par le sénéchal de Fontenay-le-Comte. - Le 11 mars 1701, vidimus de l'acte de vente de la maison de la Souche, passé le 4 juillet 1611 entre Claude Arnaudeau et l'évêque de Luçon. Il est précisé que la maison est acquise en vue de la construction du séminaire que l'évêque désire établir.;AD Vendée. 3 G 2 : Vidimus des lettres patentes du roi datées de juillet 1663, confirmant celles de 1611 relatives à l'institution du séminaire. Il est noté que le séminaire fondé par Richelieu [à la Souche] a été ruiné par les protestants lors des troubles en Bas-Poitou après le départ de Richelieu [en 1622].;AD Vendée. 3 G 4 : Déclaration des amortissements et nouveaux acquêts, rendue par l'économe du séminaire en 1695. Il est noté qu'un terrain a été acquis en mars 1679 pour tirer de la pierre, en vue de l'achèvement de la construction (probablement celle du petit séminaire).;AD Vendée. 3 G 6 : - Copie de la transaction passée, le 21 septembre 1701, entre l'évêque de Luçon et les jésuites de Fontenay-le-Comte, auxquels est confiée la direction du séminaire. - Acte de vente de la partie nord de la maison de la Souche (actuel n°7, rue Clemenceau), par le supérieur du séminaire à l'orfèvre Jean Ballon, le 7 mars 1702. Cette maison est confrontée au sud à une maison appartenant autrefois au séminaire (actuel n° 5 rue Clemenceau).;AD Vendée. 3 G 7 : Procès-verbal de la visite du séminaire et de l'inventaire du mobilier (notamment de la bibliothèque), effectués le 1er juillet 1702 sur l'ordre de Mgr de Lescure. Les experts sont : Jean Drapeau, maître charpentier ; Pierre Legeay, maître tailleur de pierre et maçon ; Simon Guery et Pierre Giraudeau, marchands.;Médiathèque de Niort. Fonds La Fontenelle de Vaudoré, manuscrit P 16 F : Vie de Mgr de Lescure par le chanoine Pierre Durand (entre 1723 et 1749). - P. 17 : Mgr de Lescure fait construire de nouvelles chambres au séminaire, mais la mort l'empêche d'ajouter un nouveau bâtiment à l'ancien ; le plan en était fait et l'on avait déjà amassé les matériaux nécessaires.;AD Vendée. 3 G 9 : Copie de l'arrêt du Conseil du Roi du 3 mai 1758, ordonnant l'expulsion des jésuites du petit et du grand séminaire de Luçon.;Archives de l'évêché de Luçon. Livre des délibérations du bureau de la chambre ecclésiastique (1768-1790) : le 17 décembre 1770, 737 livres sont destinées au décor de la chapelle du séminaire.;AD Vendée. L 476 : Lettre du 6 prairial an VII (25 mai 1799), adressée aux administrateurs du département par le conseil d'administration de l'école centrale. Ce courrier concerne la distribution des bâtiments et l'affectation des pièces de l'école centrale, devant être aménagée dans l'ancien séminaire. Le plan dressé en 1799, auquel les administrateurs se réfèrent dans le texte, est reproduit dans le dossier.;AD Vendée. 10 Y 1 : Correspondance officielle concernant le dépôt de mendicité de Luçon, notamment : - Le ministre de l'Intérieur au préfet, le 2 novembre 1809 : le préfet lui a transmis le devis des ouvrages supplémentaires jugés utiles par le Conseil des Bâtiments civils ; il faut faire les travaux. - L'ingénieur Duvivier au préfet, le 22 juin 1812 : il envoie le toisé général des travaux exécutés et le certificat de réception des travaux, s'élevant à 55765 francs ; il précise que c'est l'ingénieur Despéramont qui a rédigé le projet de dépôt de mendicité et qui a surveillé les travaux, jusqu'à l'arrivée de Salomon en 1811.;AD Vendée. 11 V 1 : Documents concernant le grand séminaire de Luçon (1823-1834), notamment : - Toisé des travaux exécutés en 1822-1823 par l'entrepreneur luçonnais Paquier, d'après le projet de l'architecte départemental Delépine. - Rapport d'Ogée fils, architecte départemental de Loire-inférieure, le 13 mai 1826, concernant les travaux exécutés d'après le devis de 50241 francs dressé par Delépine, le 21 février 1822. - Documents de 1827 à 1835 concernant l'agrandissement des bâtiments et la reconstruction de la chapelle par l'architecte départemental Charles Vétault et les entrepreneurs luçonnais Jean et Charles Ballereau (devis de 58581 francs dressé par Vétault le 27 décembre 1827 ; registre des travaux de la chapelle en 1830-1831 ; toisé des travaux de la chapelle en novembre 1832 ; devis de 6000 francs pour les travaux d'achèvement, le 14 janvier 1835). - Document du 19 janvier 1859, relatif au projet de reconstruction du séminaire, dressé par l'architecte diocésain Juste Lisch.;Archives de l'évêché de Luçon. Lettres ministérielles (1802-1906), registre n° 4 : Plusieurs mentions pour les années 1821, 1822, 1823, 1825 et 1826.;Archives de l'évêché de Luçon. Papiers de Mgr Baillès : Dossier divers, chemise 7 : Lettre d'Emile Boeswillwald à Mr Gelot, le 25 octobre 1855. Il n'a pu faire les démarches dans l'intérêt du séminaire, le ministre des cultes étant intraitable pour le diocèse de Luçon et Mgr Baillès contestant la qualité d'inspecteur général des édifices diocésains à Mr Reynaud.;AN. F 21, 2478 : Séance du Conseil des Bâtiments civils, le 1er juin 1809, concernant l'établissement d'un dépôt de mendicité au séminaire. Le dépôt est prévu pour 200 mendiants. Les plans et devis sont acceptés, sous réserve de quelques modifications destinées à améliorer l'hygiène.;AN. F 21, 2512 : Séance du Conseil des Bâtiments civils, le 12 août 1822, concernant les travaux à l'ancien dépôt de mendicité (dans un état déplorable) en vue de sa réaffectation au grand séminaire. Les plans et devis sont acceptés, bien qu'une partie des travaux ait déjà été exécutée sans autorisation.;AN. F 21, 2519 : Séance du Conseil des Bâtiments civils, le 9 décembre 1826 : examen des comptes relatifs aux travaux entrepris par Delépine en 1822 et Vétault en 1826.;AN. F 19, 7344 et F 21, 2522 : Séance du Conseil des Bâtiments civils, le 13 mai 1828, concernant les projets de Vétault : prolongement vers l'est des ailes du bâtiment principal et reconstruction de la chapelle. Le premier est adopté, mais le second est reporté, en attente de modifications concernant le choix de l'ordre pour l'intérieur de la chapelle et le choix du matériau de couvrement.;AN. F 19, 7344 et F 21, 2525 : Séance du Conseil des Bâtiments civils, le 30 avril 1830, concernant la reconstruction de la chapelle. Le projet révisé de Vétault est lui aussi reporté, en raison des observations de l'évêque - qui souhaite une construction plus solide et un retable d'une plus grande magnificence - et de celles du rapporteur, Grillon.;AN. F 21, 2525 : Séance du Conseil des Bâtiments civils, le 18 septembre 1830, concernant la reconstruction de la chapelle. Les nouveaux projets de Vétault sont examinés. Celui de la fig. 14 est rejeté ; c'est la proposition A de la fig. 16 qui est adoptée, avec une voûte en plein cintre en brique et l'emploi de l'ordre ionique à l'intérieur.;AN. F 21, 2528 : Séance du Conseil des Bâtiments civils, le 24 août 1832, concernant essentiellement le projet de refection du bâtiment principal par Vétault.;AN. F 21, 2525 : Séance du Conseil des Bâtiments civils, le 6 décembre 1833, concernant les problèmes posés par Vétault lors de la construction de la chapelle, notamment celle de la voûte, qui n'est pas encore exécutée.;AN. F 19, 7344 : Rapport de l'architecte diocésain Emile Boeswillwald sur le séminaire, le 15 juillet 1850. Il décrit les bâtiments avec précision, dénonce le délabrement et l'insalubrité de l'ensemble, notamment de la chapelle récemment construite ; enfin, il propose une première tranche de travaux de remise en état.;AN. F 19, 7222 : Rapport de l'inspecteur général Labrouste, notamment sur le séminaire, en décembre 1866. Sa restauration est devenue impossible et un projet de reconstruction totale a été demandé à l'architecte diocésain (Juste Lisch) ; un avant-projet a été présenté et devrait être rapidement adopté, vu l'urgence.;AD Vendée. 83 V 1 : Inventaire des biens mobiliers et immobiliers du grand séminaire, fait le 2 mars 1906, lors de la séparation de l'Eglise et de l'Etat. La description est détaillée.;AD Vendée. E dépôt 128. 5 M 2 : Note dactylographiée sur le séminaire : Lors de la démolition des bâtiments en 1910 en vue de la construction de la caserne, il est fait mention du transport des pierres à l'Aiguillon, pour y arrêter l'invasion de la mer.

Bibliographie :

DURET, André. Luçon, ville épiscopale et capitale maraîchine. [s. l.] : L'Etrave, 1995;HALGAND, Marie-Paule. Architecture et politique. La construction des bâtiments civils en Vendée au XIXe siècle. Thèse de doctorat d'Histoire de l'Architecture : Ecole pratique des Hautes Etudes, Paris : 2000;POIRIER, Adolphe. Le séminaire de Luçon et la Compagnie de Jésus. In Chroniques paroissiales, 1957, t. 16;ROBIN, Arnaud. Les bâtiments du séminaire de Luçon et ses occupants 1758-1822. Mémoire de maîtrise d'Histoire : I.C.E.S., La Roche-sur-Yon : 1998;TESSON-CLENET, Véronique. Le séminaire de l'évêque de Luçon de 1611 à 1758. Mémoire de maîtrise d'Histoire : Poitiers : 1995;TESSON-CLENET, Véronique. Le séminaire de Luçon, 1611-1758. Recherches vendéennes, 1998, n° 5