Village dit bourg de Saillé

Guérande

Références

Auteur :

Durandière Ronan

Date d’enquête :

2007

Commanditaire :

Région Pays de la Loire / Département de Loire-Atlantique / Ville de Guérande.

Historique

Commentaire historique :
La villa Saliacum, dont le nom suggère une origine gallo-romaine, est attestée dès 971 dans le cartulaire de l'abbaye de Saint-Aubin d'Angers. La charte fait mention du don de la saline Cohfort, par l'évêque de Vannes, Auriscundus, aux moines bénédictins de Saint-Aubin d'Angers. A cette date, Saillé est vraisemblablement un domaine agricole comme l'atteste le qualificatif de villa. Au XIe siècle, Saillé appartient à la seigneurie de Guérande nouvellement constituée. Avant 1084-1112, Bernard de Guérande, ancien viguier de Guérande, devenu clerc en 1066, donne à l'abbaye de Saint-Aubin des terres qu'il possédait en propre. Son successeur, Rohaldus, vient compléter ces dons, peu de temps après par deux parts d'un moulin sis à Saillé. Le 14 avril 1096, le pape Urbain II confirme les possessions de Saint-Aubin à Saillé mais aucun indice dans le texte n'indique encore l'existence d'une église ou d'un prieuré à cette époque. En revanche, la bulle du pape Pascal II en 1101 mentionne l'ecclesia Sancti Nicolai de Salliaco ce qui autorise à proposer un terminus ante quem autour de cette date pour l'érection du prieuré. Le prieuré est dédié dans un premier temps au culte de Saint-Nicolas, évêque de Myre, alors en plein essor en Occident. Une première agglomération d'habitat se fixe peut-être à partir de cette époque autour de la chapelle prieurale, au centre de l'île, mais en l'état des connaissances rien ne permet de l'affirmer. En 1206, Saillé passe avec la ville de Guérande sous l'égide d'Eon de Pontchâteau, suite au partage de la châtellenie ordonné par Philippe Auguste. Si l'acte de partage mentionne le burgus de Guérande, il n'en est pas de même pour Saillé qui à cette date reste visiblement un simple village. Dans les premières décennies du XIVe siècle, Saillé appartient aux Montfort comme le confirme un acte du 26 décembre 1332. La chapelle prieurale de Saillé est alors sans doute assez renommée pour que Jean IV de Montfort y épouse en troisièmes noces Jeanne de Navarre le 11 septembre 1386. D'après Arthur de la Borderie, Jean IV de Montfort profite de cette occasion pour octroyer à l'église de Saillé, devenue Saint-Clair, un "droit de balisage" à percevoir sur chaque navire entrant et sortant du port du Pouliguen. Le prieuré Saint-Clair joue probablement un rôle majeur à Saillé durant le Moyen Age, rôle périclitant sans doute par la suite. Un aveu de 1459, rendu au Roi par le prieur Robert Clousiou signale la maison du priouré de Saillé avecques ses jardrins, rues et yssues et appartenances sises a Saillé joignant à l'église de monsieur Saint Cler dudit lieu de Saillé. Au milieu du XVIe siècle, souffrant visiblement de l'absence d'un prieur résident, il apparaît déjà à l'état de ruine. L'aveu de 1548, mentionne une petite vieille maison couverte d'ardoise, un four, et la masse d'une fuie. En 1677, l'aveu rendu par Antoine Lesrat, prieur commendataire du prieuré de Saint-Clair et chanoine à l'église Saint-Martin d'Angers ne mentionne plus qu'un emplacement de maison et un jardin au derrière cerné de ses murs. Le prieuré perd définitivement son titre vers 1730 lorsqu'il est réuni au Séminaire de Nantes. Au Moyen Age, Saillé est le centre d'une frairie importante. En 1426, la réformation de la noblesse n'y enregistre pas moins de 21 nobles. Au moins trois seigneurs laïcs (Mérionnec, Lesnérac et Trévénagat) détiennent des biens dans le village même. Dès avant 1414, le village possède une foire annuelle se tenant le 1er août. Une Grant Rue, une rue du Four et une rue du Moulin sont également signalées dans les textes dès cette époque témoignant de la mise en place d'un réseau viaire déjà développé. On connait peu de chose sur Saillé à la fin du Moyen Age et au début de l'Epoque moderne et seuls quelques vestiges de maisons « de notables » attribuables au début du XVIe siècle (4, 6, 8 rue du Four ; manoir de la Tocnaie) témoignent de la physionomie de l'île à cette époque. Le développement de Saillé reste intimement lié à l'exploitation et au commerce du sel mais aussi à celui du vin comme en atteste la mention d'un Port-au-Vin vers 1540. A la fin du XVIe siècle, l'essor de la grande pêche et du commerce entraîne une forte demande de sel. Pendant un siècle, de nombreux marais sont créés et les Saillotins s'enrichissent. Beaucoup des maisons actuellement visibles datent de cette période. Elles se caractérisent alors notamment par leur couverture en ardoises. En 1680, d'après un échantillon d'une centaine d'occurrences relevées dans les registres de la réformation, 83 % des logis sont ainsi couverts d'ardoises (contre 17 % de ros et de bourre). L'activité salicole se maintient ainsi jusqu'à la fin du XIXe siècle et de nouvelles constructions viennent progressivement grossir l'agglomération faisant de Saillé le plus gros écart de la commune. En 1851, 996 habitants résident à Saillé répartis dans 249 ménages. Les professions des chefs de foyer sont à 82 % liées au travail du sel (132 paludiers, 68 sauniers). Les autres catégories socio-professionnelles se répartissaient entre les artisans (5 %), les travailleurs de la terre (4 %) et les marchands (2 %). En 1841, sous l'impulsion du curé Surget, Saillé est érigé en paroisse et devient une succursale de Guérande. L'ancienne église de Saillé est remaniée mais elle reste inadaptée à la population. En 1855, le culte est transféré dans une église neuve mais provisoire dédiée à Notre-Dame-de-la-Salette. L'ancienne église Saint-Clair, devenu Notre-Dame-la-Blanche (voir dossier) sera finalement entièrement rasée et reconstruite en 1893. L'érection de Saillé en paroisse s'accompagne de la construction d'un cimetière rue de la Croix-Sérot. La deuxième moitié du XIXe siècle voit aussi l'aménagement de la route salicole entre Saillé et l'étier Plinet (1867) et le percement de la rue de Léniphen donnant au bourg sa physionomie actuelle. Durant la première moitié du XXe siècle, plusieurs maisons sont reconstruites notamment rue des Prés-Garnier et rue du Ber. En 1924, la construction d'un château d'eau (détruit en 1972) permet l'adduction d'eau potable jusqu'à une borne-fontaine au centre du village. L'histoire récente de Saillé est marquée par le rapide déclin de l'activité salicole et par l'arrivée d'une nouvelle population à la recherche d'un lieu d'habitation permanent ou de villégiature sans relation avec le marais. Dans les années 1970, un lotissement est construit rue des Gabariers.
Datation des campagnes principales de construction :

Moyen Age;16e siècle;17e siècle;18e siècle;19e siècle;20e siècle

Auteur Historique :

auteur inconnu

Description Architecturale

Commentaire descriptif :

Saillé se situe sur un promontoire rocheux formant une île (alt. 4 m) au cœur des marais salants de Guérande. L'île est reliée à Guérande au nord, par un chemin qui traverse le marais étroit qui la sépare de la terre ferme ; ce chemin est cité comme voie romaine et son existence est attestée par des textes au XVe siècle. Il entre dans la ville au niveau de l'ancienne rue de la Mare Noire ; il sera remplacé (peut être au XVIIIe siècle) par l'actuelle rue de la Croix Sérot (anciennement rue Crussero). Cette voie relie Saillé au coteau de Guérande sur lequel est cultivée la vigne qui assura un complément d'activité aux Saillotins jusqu'à une époque récente. Au sud, l'île est reliée au Pouliguen par un étier qui passe à l'extrémité de l'actuelle rue de la Crique ; l'examen du plan de la ville laisse penser que cet accès jouait un rôle important dans la desserte de l'île ; en effet, c'est à partir de là que s'organisent les principaux espaces de la ville ; mais il faut noter que l'étier passe à quelque distance et n'est relié que par un étroit chenal connu sous le nom de « port Mahon ». Ce chenal a-t-il été plus large ? Certains le contestent ; en fait, seuls de très petit bateaux avaient besoin d'accéder jusqu'à la ville, le gros du trafic concernait le sel provenant des mulons disséminés sur le marais.

Localisation

Département :

44

Aire d'étude :

Guérande (commune)

Commune :

Guérande

Adresse :

Saillé

Rue :

Saillé

Latitude :

47,29651838 X

Longitude :

-2,42937100 Y

Documentation

Documents d'archives :

AD Loire Atlantique. B 847. Aveux et dénombrements de temporel produits par les prieurs de Saint-Clair de Saillé, paroisse de Guérande, 1459-1677;AD Loire Atlantique. H 164. Prieuré de Saint-Clair de Saillé, 1660-1730;AD Loire Atlantique. H 569. Prieuré de Saillé, 1770;AD Loire-Atlantique. 114 J 5. Paroisse de Guérande, trêve de Saillé.;AM Guérande. 2 M 44. Cimetière de Saillé. - Construction d'un cimetière : note, correspondance, donation, arrêté, délibérations, 1841-1848;AM Guérande. 2 M 45. Cimetière de Saillé. - Projet d'agrandissement : note, délibération, arrêté, devis, acte d'acquisition, 1871-1877;AM Guérande. 2 M 46. Cimetière de Saillé. - Projet de construction : note, plan, 1959

Documents figurés :

AD Loire-Atlantique. 7 P 2492. Cadastre ancien, 1818-1820;AD Loire-Atlantique. 30 J. Fonds Stany-Gauthier;Coll. Musée des Marais Salants, Batz-sur-Mer.;AP Michel Ganche. Carte postale

Bibliographie :

BERTRAND DE BROUSSILLON, Arthur. Cartulaire de Saint-Aubin d'Angers. Paris, 1903. 3 volumes;GUERIFF, Fernand. Saint-Clair et la ville de Saillé, Association préhistorique et historique de la région nazairienne, 1988;MORICE, Hyacinthe. Mémoires pour servir de preuves à l'histoire ecclésiastique de la province de Bretagne. Paris, 1742-1746. 3 volumes;STEFF, Yves, LEMOINE, Jean. Saillé : schéma général d'aménagement. Département de Loire-Atlantique, Commune de Guérande, 1994

Annexe :

BERTRAND DE BROUSSILLON, Arthur. Cartulaire de Saint-Aubin d'Angers. Paris, 1903, p. 382;;DCCCCVII. - Notice du don fait à Saint-Aubin de deux parts d'un moulin sis à Saillé, (Copie, B. N., français, 22329, fol. 460.);;Quidam homo nobilis, nomine Rohaldus, vicarius de Guarranda, donavit Deo et sancto Alibino duas partes unius molendini in Salliaco siti, uxore ejus bono animo concedente.;;Testes : Grafion, filius Morelli, et Daniel frater ejus, Bigot de Bogat, Serbo filius Goridem, Daniel, filius Rohaldi, filii Edeveni Godefredus de Nigo Monasterio, filius Meliandi, qui vocatur Tison.;;Cum autem Girardus abbas memoratum donum accepisset et Guerrandia reverteret, venissetque Namneticam urbem, invenit ibi Gaufridum, fratrem [Rohaldi], qui etiam per preces abbatis libenter concessit elemosinam quam frater ejus Sancto Albino fecerat.;;Audientibus et videntibus istis : Rotberto hospitalario, Girardo Bec Salé, Martino Gorganalt, Grafion.;GRANDPRÉ, Gustave. Promenade au Croisic. Paris, 1828.;;Je trouvai Saillé extrêmement misérable : les cabanes, quoique moins pauvres que celle des paysans, me parurent obscures, basses et enfumées.;Elles étaient rangées sans ordre le long d'une espèce de rue tortueuse et inégale où le pavé était suppléé par de gros quartiers de rochers ; l'on n'avait pas pris la peine de les aplanir.;Au pignon des maisons, étaient assez ordinairement adossés un refuge à porcs et une écurie en appentis, destinée au logement d'une vache ou de deux ou trois mules, montures ordinaires du pays.;A chaque porte, on voyait un monceau de fumier entouré d'une mare d'eau croupissante ; et le long de la rue, des groupes d'enfants, bizarrement vêtus de grandes culottes de toile avec une souquenille de même étoffe, et coiffées d'un bonnet de laine brune ou d'un chapeau à large bords, attestaient par leur nombre la fécondité de leurs parents. Il s'amusaient à élever des amas de boue en forme de mulons de sel, ou bien, étendus sans précaution sur le chemin, ils prenaient tranquillement leurs ébats, comme pour se faire écraser par la première mule qui viendrait à passer. Ce danger paraissait d'autant plus imminent que ce jour, il y avait un livrage, et sans cesse, le village était traversé par de nombreux convois de mules. Les unes, pesamment chargées de trois sacs de sel, marchaient au petit pas, tandis que les autres revenaient, débarrassées de leur fardeau, conduites par un enfant d'une douzaine d'années qui, armé d'un énorme fouet, jurant comme un postillon consommé, et monté sur un large bât qui le forçait à écarter les jambes comme un Bacchus sur un tonneau, les ramenait au grand trot.;Mais les marmots, habitués à vivre au milieu des mules, n'en paraissaient nullement effrayés.;Quelquefois, il est vrai, au moment où cet accident semblait inévitable, une grand-mère attentive, sortant de sa chaumière, la quenouille au côté et le fuseau à la main, s'élançait comme une Sybille en furie au milieu de la rue, et saisissant parmi les musards étendus au soleil le bambin confié à ses soins, le saluait d'un vigoureux soufflet puis l'emportait dans son antre, tandis que le petit drôle, plus irrité de cet affront qu'effrayé du danger, se défendait en se débattant, et répondait par des cris aigus aux aigres remontrances de la matrone.;Bientôt, trois ou quatre jeunes filles qui revenaient du puits voisin, marchant d'un pied léger et la buie sur la tête, m'offrirent un spectacle plus agréable.;Un jupon court, relevé par une ceinture, laissait voir leurs jambes et leurs pieds nus, et une petite coiffe plate, attachée sous le menton, me permettait de considérer à loisir leurs jolis traits.;En avançant, j'apercevais de loin en loin quelque vieillard désœuvré qui venait en vacillant s'appuyer sur sa porte brisée, afin de se distraire en regardant les passants ; et devant la boutique du maréchal, je rencontrai un groupe de voisins et de commères qui semblaient m'examiner avec une scrupuleuse attention, comme si la vue d'un étranger était pour eux un évènement extraordinaire.;Je suivais lentement le chemin raboteux, démolissant à chaque pas les monceaux de sable et de boue que les enfants élevaient sur la route.;Le hameau s'étend sur une longueur de quelque cent toises, et les chaumières, irrégulièrement disposées, sont séparées par de petits jardins.;La culture dominante dans ces courtilles est celle de la pomme de terre, inconnue dans ce pays il y a soixante ans. Le reste du terrain est divisé en une infinité de petits compartiments où croissent, suivant la saison, du lin, des pois, des choux, des oignons, etc. Les enclos sont entourés de petits murs à pierres sèches, tapissés de fiente de vache pétrie avec de la paille ; les habitants l'exposent à l'ardeur du soleil, afin d'en faire du bois de chauffage. [ ]