Analyse de l'évolution de la ville de Luçon

Luçon (commune)

Références

Auteur :

Réau Marie-Thérèse

Date d’enquête :

2006

Commanditaire :

Région Pays de la Loire / Ville de Luçon.

Historique

Commentaire historique :
A Luçon, deux événements semblent déterminants dans l'évolution d'un simple bourg abritant une abbaye bénédictine, vers une agglomération urbaine : la création d'un évêché en 1317, dont le siège est l'ancienne abbaye, puis la sécularisation du chapitre canonial en 1459. Le premier donne un nouveau statut à Luçon, en créant de nouveaux besoins pour l'évêque et son entourage ; le second lui assure un développement certain, par l'implantation d'un quartier canonial près de l'évêché. L'autre élément fondateur de cette petite ville est la présence très ancienne d'un port relié à la mer par un canal. Au fil des siècles, la forme de la ville - qui n'a jamais été pourvue de fortifications - n'a pas subi de transformations majeures. Elle s'est simplement étendue vers le nord, ainsi qu'à l'est et à l'ouest, de part et d'autre de la route la traversant ; au sud, en revanche, le marais a toujours été un frein à l'urbanisation. Le document qui permet le mieux de comprendre la ville est le plan levé en 1704 par l'ingénieur du roi Claude Masse. Dès le Moyen Age, le noyau urbain est l'ensemble épiscopal, au nord duquel se trouvait un enclos comprenant notamment l'église paroissiale Saint-Philbert (dont le cimetière était éloigné, près de la chapelle Saint-Mathurin). Au nord de cet ensemble, se trouvait le quartier commerçant, au parcellaire dense, de part et d'autre de l'actuelle rue Clemenceau et autour des halles, alors situées place des Acacias. Puis, à partir de la fin du XVe siècle, l'enclos canonial s'est constitué au sud de l'évêché, auquel s'ajoutèrent des maisons réservées aux chanoines dans la partie ouest de la ville. Le secteur sud-est a été plus long à se structurer. Il comprenait le quartier de Bourg-Paillé (où s'élevaient plusieurs métairies), celui de la Coudraye, peu construit (où se trouvait le château ruiné, figuré en K sur le plan de 1704) et surtout celui du port, remontant autrefois vers le nord, le long d'une zone marécageuse qui restera longtemps non bâtie. Enfin, l'important quartier de Bourgneuf couvre le quart sud-ouest de la ville ; sa configuration - tracé régulier des rues, îlots de forme rectangulaire - s'oppose en tous points à celle du quartier commerçant. Un événement survenu en 1400 semble déterminant dans sa création : le transfert de l'aumônerie, autrefois proche de la cathédrale, au sud de ce nouveau secteur. C'est au XVIIe siècle, une fois les Guerres de Religion terminées, que s'amorcent l'extension de la ville et son nouvel essor, avec l'implantation de deux couvents et d'un séminaire au nord de la ville, celle d'un couvent et d'un hôpital général dans le quartier de Bourgneuf - des entreprises qui s'inscrivent toutes dans le cadre de la Contre-Réforme. Dans la partie nord, un couvent de capucins est fondé en 1619, un couvent d'ursulines en 1631, un séminaire en 1663, après une première fondation en ville en 1611. Ces constructions se font sur des terrains vierges, à proximité du cimetière paroissial et de la chapelle Saint-Mathurin, devenue église paroissiale en 1632 après la ruine de Saint-Philbert. De même que le voisinage du marais l'empêchait au sud, ces immenses enclos freineront pendant longtemps l'urbanisation du secteur. Vers le sud, à Bourgneuf plus précisément, deux nouvelles institutions voient le jour : un hôpital général en 1679 et un couvent de filles de l'Union chrétienne en 1681. Dans ce cas, le contexte urbain est différent de ce que l'on observe au nord, puisque ces deux fondations se substituent à d'autres, dans un quartier déjà ancien. L'hôpital général s'installe dans les locaux de l'aumônerie, l'Union chrétienne dans la propriété qu'occupaient les Lazaristes depuis 1641. En outre, les abords de la traverse est-ouest connaissent une relative expansion, en particulier du côté est où se trouvait le quartier protestant - notamment le temple, qui sera rasé en 1665. Probablement en raison de l'essor noté au cours du siècle précédent, on ne constate guère de développement urbain à Luçon au XVIIIe siècle, contrairement à ce que l'on observe dans le registre de la demeure. Le siècle de ce que l'on nomme les embellissements - c'est-à-dire des projets d'urbanisme susceptibles de moderniser les villes - laisse peu de traces dans ce domaine à Luçon, d'une part faute de projet d'implantation de caserne et d'enjeux stratégiques, d'autre part faute de reprise du tracé de la route royale qui la traverse d'est en ouest. Le seul élément remarquable est le plan général d'alignement réalisé par l'ingénieur des Ponts et Chaussées Nicolas Dorotte en 1782 - un document qui ne sera que modestement mis en oeuvre, peut-être en raison du déclenchement de la Révolution. Ce plan et les textes qui l'accompagnent proposent la réfection intégrale du pavage des rues, la rénovation du système d'écoulement des eaux pluviales, la régularisation du tracé des places et des voies publiques, enfin l'établissement d'un nouveau port au sud-est de l'ancien, permettant l'amélioration du trafic. Dans le même ordre d'idées, signalons le déplacement du champ de foire, alors situé au centre de la ville, vers son extrémité est à partir de 1760. La Révolution marque un arrêt dans tous les domaines. L'un des faits majeurs de la période est la réquisition des édifices religieux ou relevant du clergé et leur utilisation provisoire à des fins civiles ou militaires. Les plus touchés sont le couvent des capucins et l'église paroissiale Saint-Mathurin (la paroisse étant transférée à la cathédrale), qui sont entièrement détruits, ainsi que le couvent de l'Union chrétienne, partiellement démoli. Sur le plan urbanistique, on note surtout le déplacement de deux sites : l'installation d'un nouveau cimetière à l'est de la ville dès 1794 et celle d'un nouveau champ de foire à l'emplacement du cimetière de Saint-Mathurin en 1802. Après la parenthèse révolutionnaire, Luçon connaît un regain de vitalité, d'une part en raison du rétablissement de l'évêché en 1821, d'autre part en raison du développement du port et des activités commerciales, précédant l'arrivée du chemin de fer vers 1870. Toutefois, cet engagement est progressif et il faut attendre le milieu du siècle pour que de grands projets puissent être mis en oeuvre. Les plans cadastraux de 1816 et 1845 et le plan d'alignement de 1822 permettent d'appréhender la manière dont la ville a évolué au cours de la première moitié du siècle. La progression de l'urbanisation est faible et le retrait des zones rurales ne s'amorce que par la suite. Quant aux préconisations du plan d'alignement de 1822 (moins audacieuses que celles du plan de 1782), elles ne seront guère appliquées. Si l'on excepte les nouveaux emplacements pour le cimetière et le champ de foire, le chantier urbain d'envergure du début du siècle est le réaménagement complet du port (c'est-à-dire le creusement d'un bassin régulier, le redressement du lit du canal et la création d'une place-embarcadère), entrainant la construction d'édifices industriels et commerciaux. Elément moteur du développement économique local, le port de Luçon subira difficilement la concurrence du chemin de fer et son bassin sera comblé dans les années 1970. A partir du milieu du siècle, Luçon commence à s'étendre. Les nouveaux quartiers se situent en priorité au nord et à l'est de la ville ; vers le sud, le développement est tempéré par l'approche du marais (à l'exception des abords immédiats du port), alors que vers l'est, l'urbanisation est plus tardive. Au nord, les progrès de l'urbanisation sont liés à l'implantation de la gare de chemin de fer. Vers l'ouest, ce sont les terrains situés de part et d'autre de la rue du Président-de-Gaulle qui se couvrent peu à peu de constructions. Entre ces deux zones, signalons les deux lotissements créés vers le milieu du siècle à l'initiative de particuliers, rue Neuve-des-Capucins et rue Godet-Godard, puis la mise en valeur de ce secteur, liée à la présence de l'hôtel de ville et du jardin Dumaine. Quant à l'aménagement de places et au percement de rues - si l'on excepte les lotissements privés - ils sont le plus souvent consécutifs à la construction ou à la destruction d'édifices édilitaires, d'enseignement et de subsistance. Le XIXe siècle est la grande période de construction de bâtiments publics. La liste en est très longue et presque tous ont donné lieu à l'ouverture d'un dossier. Nous citerons seulement ceux qui structurent l'espace urbain et correspondent aux attentes de la société luçonnaise : plusieurs halles modernes (reconstruction des anciennes en 1837, construction d'une boucherie-poissonnerie et d'un minage dans les années 1860), un véritable hôtel de ville et un jardin public (tous deux grâce au legs Dumaine en 1872), une importante campagne de rénovation de l'hôpital vers 1880, la construction de deux collèges aux extrémités ouest et est de la ville (le collège privé au milieu du siècle, le collège communal vers 1880), la construction d'un château d'eau en liaison avec celle d'une caserne après 1910 - sans oublier la gendarmerie, reconstruite place du Minage au milieu du siècle, la prison tranférée à son côté dix ans plus tôt, la gare de chemin de fer édifiée en 1870, ni les deux postes bâties successivement place des Acacias en 1898 et place Edouard-Herriot vers 1838. Cette importante campagne se poursuit au cours des premières décennies du XXe siècle, mais c'est à partir de la fin des années 1960 - les effets de la Seconde Guerre mondiale enfin dissipés - que s'esquisse une nouvelle phase de développement urbain, avec l'implantation de cités pavillonnaires à la périphérie de la ville et la modernisation des équipements communautaires. L'illustration du dossier s'organise de la manière suivante : tout d'abord les documents graphiques mis par ordre chronologique (plans généraux de la ville, plans d'alignement, plans cadastraux, plans particuliers), puis les photographies anciennes, les photographies aériennes prises par le Service de l'Inventaire, enfin quelques photographies d'oeuvres n'ayant pas fait l'objet d'un dossier individuel.
Datation des campagnes principales de construction :

Moyen Age;16e siècle;17e siècle;18e siècle;19e siècle;20e siècle

Auteur Historique :

auteur inconnu

Localisation

Département :

85

Aire d'étude :

Luçon (commune)

Commune :

Luçon

Latitude :

46,45109205 X

Longitude :

-1,16423021 Y

Documentation

Documents d'archives :

AD Vendée. E dépôt 128. Série 1 D : Délibérations du Conseil municipal, à partir de 1787.;AD Vendée. E dépôt 128. Série 3 D : Arrêtés du maire, à partir de 1816.;AD Vendée. E dépôt 128. Sans cote : Dépouillement des délibérations du Conseil municipal (1787-1866), par Léon Ballereau.;AD Vendée. E dépôt 128. 1 Q 51 : Plan général d'alignement par A. Rigaux en 1822 (atlas, liste des propriétaires par nom de rue et résumé des prescriptions).;AD Vendée. E dépôt 128. 1 Q 52 et 53 : Plan général d'alignement en 1934 (atlas, liste des propriétaires par nom de rue et résumé des prescriptions).;AD Vendée. 5 S 50 : Documents manuscrits accompagnant le plan d'alignement de la ville en 1782 (Mémoire concernant la ville, Devis estimatif et descriptif des travaux de pavage et de l'aménagement d'un nouveau port).

Bibliographie :

BALLEREAU, Léon. Luçon anecdotique. Luçon : Les Amis du Vieux-Luçon, 1972 (texte dactylographié ; reprise annotée de celui de 1926-1930).;LEMOINE, Jean, STEFF, Yves. Z.P.P.A.U.P. de Luçon. Rapport de présentation, prescriptions réglementaires, plan réglementaire. [Commande de la Commune de Luçon et du Ministère de la Culture et de la Communication], 1998 modifié 2000 (tapuscrit).