Saint-Nazaire - Les halles centrales reconstruites : une architecture de béton à découvrir

Cliquez pour agrandir l'image Les halles de Saint-Nazaire sont reconnues « Architecture contemporaine remarquable » depuis 2016. ©Y. Guillotin

Cliquez pour agrandir l'image Avec leurs 90 mètres de longueur dans le sens nord-sud et leurs 45 mètres de largeur, les halles de Saint-Nazaire comptent parmi les plus grands marchés couverts de la Reconstruction. ©Yves Guillotin

Cliquez pour agrandir l'image Halles de Saint-Nazaire en construction ©Cliché Paul Archives de Saint-Nazaire

Cliquez pour agrandir l'image Vue aérienne des halles de Saint-Nazaire ©Heurtier Rennes. Archives de Saint-Nazaire

Labellisées « Architecture contemporaine remarquable » depuis 2016, les halles centrales de Saint-Nazaire vont prochainement faire l’objet d’un important travail de rénovation et de réhabilitation. L’occasion pour cet édifice reconstruit en 1956, aux qualités architecturales significatives, d’aborder sereinement ses soixante-dix ans.

Les troisièmes halles de Saint-Nazaire

En 1933, le cabinet d’architectes Dommée est retenu pour la réalisation de nouvelles halles. Les anciennes, édifiées en 1877 d’après les plans de l’architecte Pinguet, présentent des signes de vétusté. La municipalité entreprend donc la construction d’un édifice plus grand, mieux isolé, plus hygiénique et mieux adapté aux commerçants et aux clients. Afin d’offrir un équipement public utile à l’ensemble des citoyens, la Ville opte pour l’aménagement d’un étage supplémentaire, lequel comprendrait une salle des fêtes et un musée. Les anciennes halles sont alors démontées et déplacées à Méan-Penhoët où elles se trouvent toujours. Le nouveau marché couvert et la salle des fêtes sont construits en face du premier bâtiment, au niveau de l’actuel lycée Notre-Dame-d’Espérance. Ils sont inaugurés en 1937.
En 1943, les bombardements alliés ne détruisent que partiellement les halles. Cependant, le plan de Reconstruction et d’Aménagement dressé par l’Architecte en chef, Noël Le Maresquier, ne prévoit pas de les conserver, l’axe commercial de la ville s’étant déplacé de trois cent mètres vers l’ouest. Ainsi, on retient des terrains compris entre les rues Jean Jaurès et René Guillouzo, ainsi qu’entre le cimetière de Toutes Aides et l’avenue de la République, la nouvelle artère marchande de Saint-Nazaire. Deux nouvelles voies sont aussi créées et plusieurs maisons détruites pour faire place nette. Afin de conserver une certaine continuité et faciliter les démarches, le Conseil Municipal, lors de sa séance du 10 août 1946, confie à nouveau le projet à Claude Dommée. L’architecte se charge seul du dossier, son père et son frère étant décédés quelques années auparavant. Mais l’ampleur de la reconstruction de la cité est telle qu’il faut attendre octobre 1952 pour que la Ville ratifie le projet quasi définitif du nouveau marché. La reconstitution des logements étant la priorité, on édifie d’abord entre 1951 et 1954, les immeubles bordant la place du Commerce, le futur lieu d’implantation des halles.

Treize avant-projets

Conformément au programme établi par le maire et le Conseil Municipal, après enquête des usagers et suivant les directives de l’Architecte en chef, Claude Dommée propose plusieurs études dans la lignée du bâtiment détruit, à savoir un espace commercial et ses annexes surmontés d’une salle des fêtes. L’un des projets réunis l’une sur l’autre, sous plusieurs arcades paraboliques, les deux fonctionnalités du bâtiment, tandis qu’une autre les figurent accolées à plusieurs escaliers et à un imposant beffroi abritant un monte-charge. Dommée réalise près de treize propositions mais aucune ne donnent satisfaction à la Commission Spéciales du Conseil Général des Bâtiments de France qui, en réalité, regrette la présence de la salle des fêtes. D’après elle, cette superposition de « bâtiments totalement étrangers l’un à l’autre (…) entrainera des difficultés très grande et conduit à adopter des dispositions qui ne peuvent être pleinement satisfaisantes du point de vue de l’aspect du bâtiment et de son exploitation ». En clair, en supprimant l’étage, le projet sera plus simple, plus fonctionnel, plus lumineux et moins couteux. La Ville accepte de séparer les deux espaces.
A la demande de l’Inspecteur Général des Bâtiments Civils et Palais Nationaux, le projet doit intégrer un éclairage central par sheds. En réponse, Claude Dommée réalise une ultime étude des halles dans laquelle l’étage est remplacé par une couverture en sheds conoïdes. Les deux tiers du sous-sol sont également supprimé pour des questions d’économie et l’auvent latéral porté à sept mètres, tel que souhaité par le Groupement des Commerçant de demi-gros.  En raison de l’importance et de la spécificité des travaux, la Ville opte pour une mise en concurrence des entreprises de construction. Si, Dommée argumente pour retenir l’entreprise Schwartz-Haumont, la Ville, après hésitation avec l’entreprise Dodin, choisie Delfour et Bisseuil. Basée à Toulouse, comme Noël Le Maresquier, la société a déjà plusieurs fois œuvré à Saint-Nazaire. Les travaux démarrent en 1956 et ne s’achèvent officiellement qu’en septembre 1958.

Des voiles de béton à dévoiler


Les halles sont édifiées sur un terre-plein et s’inscrivent dans un plan rectangulaire. Avec leurs 90 mètres de longueur dans le sens nord-sud et leurs 45 mètres de largeur, elles comptent parmi les plus grands marchés couverts de la Reconstruction. L’ensemble comporte un sous-sol sous une partie de l’édifice, un rez-de-chaussée au niveau du terre-plein et une galerie couverte par un auvent sur le pourtour. Les fondations et l’ossature sont en béton armé avec remplissage en agglomérés et en maçonnerie. Le marché est couvert d’une toiture à sheds conoïdes sans tirants, réalisés par coffrage de béton armé. Chaque voile de béton pèse 60 tonnes et culmine à 16 mètres de hauteur. L’ensemble supporte des verrières largement ouvertes vers le nord. Cet éclairage zénithale naturel présente l’avantage d’éviter le contact direct des rayons du soleil sur les denrées alimentaires, leur assurant une meilleure conservation. Le large auvent de sept mètres en saillie assure la même fonction et protègent les clients des intempéries. Associé au terre-plein, il masque en partie les voûtes, par conséquent peu visibles de l’extérieur. Il faut donc entrer dans les halles pour mesurer toute les qualités plastiques du béton qui, ici, n’est plus seulement cantonné à une fonction porteuse, mais en est l’élément central. Ainsi, sous les verrières qui ne se découvrent que dans l’axe sud, un espace sans entrave, aux dimensions insoupçonnées, se déploie. Pour mieux comprendre encore les qualités architecturales des halles, il faut prendre un peu de hauteur. Les sheds conoïdes et le large auvent arrondi se révèlent alors pleinement, notamment par le dialogue qu’ils créent avec l’ordonnancement des immeubles bordant la place.
Si les halles centrales ne sont pas sans rappeler certains bâtiments industriels construits en béton armé, dans les années 1930 (telle l’usine de la Compagnie Nationales des radiateurs de Melun, par exemple), à Saint-Nazaire, elles font figures d’exception comme le souligne la distinction « Architecture contemporaine remarquable » obtenue en 2016.

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