Maisons et fermes de l'aire d'étude : Le Lude

Le Lude

Références

Auteur :

Toulier Christine

Date d’enquête :

2010

Commanditaire :

Région Pays de la Loire/Service du Patrimoine / Département de la Sarthe / Pays Vallée du Loir.

Historique

Commentaire historique :
La maison paysanne et ses dépendances sont aujourd'hui les éléments du patrimoine bâti les plus menacés par les mutations d'usage (les exploitations se regroupent et les fermes disparaissent, transformées en résidences secondaires ou en gîtes ruraux), par l'évolution des manières d'habiter (besoin de plus d'espace, multiplication des sanitaires), et par les recommandations du développement durable (isolation des murs et des baies, des combles, chauffage par le sol). Notre analyse après inventaire concerne un corpus de plusieurs centaines d'œuvres architecturales. Aucun exemple n'est parvenu jusqu'à nous dans son intégralité. En l'absence de marché de construction, de plan ou de témoignage écrit, nos remarques reposent sur des analogies et des recoupements. L'ensemble du corpus est postérieur à la guerre de Cent Ans et nous avons privilégié l'habitation sur toutes les autres fonctions. Cette manière d'aborder l'analyse de la métairie suppose que le logement des gens prime sur le logement des animaux postulat qui est loin d'être certain. Dispositions d'ensemble D'une manière générale, les constructions qui forment la métairie se répartissent en deux grandes familles : la maison et les dépendances sous un même toit, avec ou sans autres dépendances attenantes (en équerre et dissociées), et la maison dissociée de ses dépendances elles-mêmes regroupées et/ou dispersées autour d'une cour. Dans ce premier cas, le bâtiment principal regroupe une partie des dépendances. Il se compose d'une ou deux chambres avec un cellier et/ou une étable à vaches, les autres dépendances étant construites à proximité, dans une cour ouverte. Le module le plus réduit de la maison avec toutes ses dépendances sous un même toit est celui de la maison du journalier, du bordier ou du closier. Cette maison rurale minimum est déclinée dans la plupart des traités du XIXe siècle notamment par Perthuis en 1805, ou Bouchard-Huzard en 1855. Au Mortier à Coulongé, le pignon de la maison sur lequel s'appuie la cheminée est tangent à la route qui empêche toute construction de ce côté. Les adjonctions successives des dépendances sont accolées au pignon de la cheminée : étable avec grenier puis écurie ou remise. Cette disposition, contrainte par le chemin d'accès, laisse perplexe sur l'emplacement et l'existence de dépendance antérieure. La métairie de la Maillochère à Luché-Pringé est un exemple de cette deuxième organisation. La maison est placée sur le haut de la cour avec un sol surélevé d'une ou deux marches. Elle se compose de deux chambres à feu vraisemblablement du XVIe siècle même si la façade a été remaniée (fenêtres élargies et couverture de tuiles mécaniques). Malgré les apparences, les dépendances ne sont pas homogènes et se composent de la première maison transformée en étable aux veaux et d'une grange ajoutée au XVIIIe siècle. Cet exemple tend à démontrer que la maison isolée peut correspondre à une seconde étape de l'histoire de l'habitat sur un même site. Cette distinction formelle (maison isolée / maison associée) est ici la plus objective dans la mesure où elle ne prend pas en compte l'organisation des constructions agricoles dans l'espace dont il est difficile de démêler les phases. Les dispositions actuelles sont l'héritage d'étapes de mutations, augmentations et diminutions. Dans une même cour, il est rare qu'un bâtiment soit contemporain d'un autre. De plus, il nous est impossible de restituer les bâtiments non maçonnés construits en bois, bruyère, chaume et bardeaux qui auraient complètement disparu. Les résultats de nos études restent approximatifs parce qu'ils ne prennent pas en compte les taux de disparition et de dénaturation par famille ou par type, ni la pertinence de la représentation d'un groupe ou d'un autre sur le territoire. L'exception ou l'unicum appartient peut-être à la famille la plus représentative d'une époque reculée comme par exemple la maison aux logements superposés des Hérissonnières à Aubigné. Il est évident que les ensembles homogènes les mieux conservés sont les plus près de nous dans le temps. Ils ne sont pas antérieurs au XIXe siècle. La maison paysanne Dans tout ce corpus néanmoins, quelques éléments n'entrent pas dans notre classification et nous permettent d'entrevoir un avant la fin du XVe siècle. L'origine des manières d'habiter est peut-être à rechercher dans les premières habitations troglodytiques qui se caractérisent par la présence d'une seule façade percée de baies exposée au soleil : des "caves habitées" par les hommes, mais aussi par les animaux, toutes accessibles directement depuis la même cour. Ce ne sont pas des grottes naturelles, elles sont nées d'une extraction artisanale de la pierre. L'intérieur présente les mêmes dispositions que la maison construite, à l'exception du lit qui est placé dans une alcôve creusée dans le rocher. Ce type d'habitat a l'avantage d'être peu coûteux en couverture et à l'abri du froid. La maison antérieure à la guerre de Cent Ans était probablement une maison construite sur poteaux de bois, comme celle de la métairie de Bouillant à Chenu. Parfois, nous avons remarqué la présence de gros poteaux noyés dans les murs et aujourd'hui sans raison d'être si ce n'est le réemploi d'une structure antérieure. Au Bédeniers à Luché existait encore, en 2004, une maison paysanne aux proportions inhabituelles. Le mur de façade était plus élevé que la hauteur de la toiture et pratiquement sans ouverture sinon une porte probablement remaniée avec un linteau de bois. Transformé en écurie, l'intérieur avait été bouleversé : le sol abaissé pour être au niveau de la cour et un plafond ajouté à hauteur du linteau de la cheminée. Le manteau de la cheminée était très élevé, le linteau de bois reposait sur des corbeaux et il existait un placard dans le mur. La disposition conduit à ne pas écarter l'éventualité d'une salle sous charpente, située légèrement au-dessus du niveau de la cour avec une toiture à l'angle obtus. Aucun élément stylistique ne permet une datation. Des gabarits semblables existent au hameau des Veaux sur la même commune pour des maisons de la fin du XVIe siècle. Dans le cas où ces maisons ne seraient pas antérieures au XVe siècle, ne seraient-elles pas les survivantes d'une forme architecturale abandonnée ? Dans tous les cas, aucune dépendance n'est attenante aujourd'hui. Les dépendances agricoles Nous avons constaté que les anciennes maisons d'habitation avaient été parfois converties en étables, dès le XVIIIe siècle, et qu'il était rare que les dépendances agricoles soient antérieures. Cela peut laisser penser ou bien que ces dernières étaient bâties en matériau végétal (bois, grande bruyère, chaume, bardeaux) ou bien que la cave creusée dans le tuffeau pouvait servir à cet usage. Les dépendances sont alors modestes et morcelées en petits modules : quelques toits à porcs, des étables à vaches et à bœufs, plus rarement une bergerie. La grange isolée est exceptionnelle. Les rares documents d'archives (visites d'experts ou de régisseurs) témoignent de dispositions récurrentes. Dans la famille des maisons séparées de leurs dépendances, ces dernières sont souvent regroupées. Ainsi, l'étable aux bœufs accompagne la grange, et l'étable aux vaches jouxte la bergerie comme à la Grande Courbe au Lude. Dans la famille des maisons avec les dépendances sous un même toit, c'est l'étable aux vaches qui est attenante à la maison comme au Veau à La Chapelle-aux-Choux. Les écuries sont rares et jouxtent les étables à vaches. Les soues à cochons sont toujours construites à l'écart des maisons, à l'exception des "closeries" ou "borderies" où la truie est logée dans un espace laissé libre par le four à pain au pignon de la maison. La soue à cochons a rarement une courette avant la 2e moitié du XIXe siècle, où les porcheries sont, parfois, placées de part et d'autre de la maison d'habitation. Les bâtiments exclusivement réservés à l'engrangement sont peu nombreux. Souvent la grange est associée à l'étable à vaches ou à l'étable aux bœufs. Les étables occupent, alors, le rez-de-chaussée (la Bourgaudière à Aubigné-Racan, les Hardouinières et la Cosselière à Dissé-sous-le-Lude) interrompues, au centre, par un large espace pour décharger du foin ou de la paille. La plus remarquable est la grange-étable des Aunais à Luché-Pringé qui est couverte d'un toit brisé avec demi-croupes. Les granges des grands domaines se partagent en deux types : la grange à nef unique qui peut être traversante, à Forgeais ou au Theil à Chenu, ou non traversante, à la Chaise à La Bruère-sur-Loir, et la grange sur poteaux avec bas-côtés, à Maupas (démolie après incendie depuis) à Luché-Pringé et au château de Chérigny à Chenu où les poteaux sont reliés par des croix-de-Saint-André. Les granges dïmières sont de dimensions variables. Les plus monumentales sont celles de la Merrie à Chenu (qui était sûrement associée à une salle de justice des chanoines de Saint-Martin de Tours) et de la basse-cour du Grand-Perray à La Bruère-sur-Loir. Cette dernière divisée en trois niveaux avait une fonction importante de grenier. Plus modestes, les granges des presbytères de La Bruère-sur-Loir et de Saint-Germain-d'Arcé sont néanmoins exceptionnelles. La grange de Saint-Germain-d'Arcé est en partie sur poteaux avec un seul bas-côté. Les fermes modèles En dehors des fermes-dépendances de châteaux, les ensembles homogènes n'apparaissent que dans les années 1830. Ils sont rarement des créations ex-nihilo, comme la Gagnerie à Chenu, mais sont le plus souvent construits à côté d'anciennes métairies démolies par la suite (la Fredonnière à Chenu ou les Tourelles au Lude). Le style adopté pour ces constructions varie plus en fonction du commanditaire que de la chronologie. Ainsi, on trouve des ensembles très sobres, de type très "industriel", dès 1835 à la Fredonnière, tandis que d'autres affirment un style : le pittoresque " angevin" à la manière de l'architecte Edouard Moll, à la Bougrie à Luché-Pringé (vers 1835), ou le pittoresque "Ile-de-France" à la manière de Bouchard-Huzard, à la ferme des Aiguebelles à Coulongé (vers 1860). Le régionalisme architectural passe, avant tout, par les matériaux et leur mise en œuvre. Ainsi la ferme de Villeneuve à La Bruère-sur-Loir dotée de chaînes de tuffeau trouve sa jumelle avec des chaînes de brique à Marigné en Anjou.

Localisation

Département :

72

Aire d'étude :

Le Lude

Latitude :

47,65353604 X

Longitude :

0,17961106 Y