Inventaire du patrimoine Le regard des experts Vendée

Inspiré par une statue de la basilique Saint-Pierre de Rome

Les pépites des ambassadeurs du patrimoine #5

Comment se forme un peintre du XVIIe siècle ? Quelles sont ses sources d’inspiration ? À l’église Saint-Philbert de Beauvoir-sur-Mer, en Vendée, la restauration du tableau Saint André portant sa croix permet à Frédéric Fournis, chercheur et Ambassadeur du patrimoine en Loire-Atlantique, de se pencher sur le parcours de son auteur.

Le tableau était déjà inscrit aux Monuments historiques au titre objet depuis 1990, et voilà qu’en 1993, une restauration a mis à jour une signature : Cheron… Il n’en fallait pas davantage, indices à l’appui, pour attribuer cette œuvre au peintre, dessinateur et graveur Louis Chéron (1655-1725), qui a séjourné en Italie (d’abord à Rome, puis à Venise) de 1678 à 1685 après l’obtention de deux grands prix de Rome en 1676 et en 1678.

Détail de signature « Cheron pinxit ». (c) Région des Pays de la Loire. Inventaire général. J. Minier

Rome comme terrain de jeu

Fondée en 1666 par Louis XIV dans le but d’accueillir de jeunes artistes en résidence pendant trois ans, l’Académie de France à Rome permet à ses pensionnaires de compléter leur formation au plus près des vestiges antiques et des chefs d’œuvre de l’Italie de la Renaissance. Chéron a ainsi profité de son séjour pour dessiner les antiquités et les monuments romains qu’il avait sous les yeux, comme en témoignent ses carnets de dessins, conservés pour la plupart au British Museum de Londres. Au Vatican, notamment, il a réalisé des dessins très aboutis des œuvres de Raphaël.

Ainsi, le tableau de Beauvoir a certainement été inspiré de la statue Saint André tenant sa croix qui se trouve dans la basilique Saint-Pierre de Rome. Réalisée de 1633 à 1640 par le sculpteur flamand François Duquesnoy (1597-1643), elle connut un grand succès dès sa création et a inspiré nombre d’artistes.

Statue de saint André par François Duquesnoy, Basilique Saint-Pierre, Vatican. Jean-Pol Grandmont

Notre tableau reprend fidèlement, mais de façon inversée, la composition de la sculpture. Si l’on maintient l’attribution à Louis Chéron, l’œuvre aurait pu être réalisée entre le retour de l’artiste en France, en 1685, et son départ pour la Grande-Bretagne en 1693. Elle s’inscrit dans le classicisme français par sa composition équilibrée, mais aussi les coloris lumineux et le dynamisme propres à la nouvelle génération de peintres.

:Saint André portant sa croix. Le tableau, qui vient d’être restauré, est visible dans l’église paroissiale Saint-Philbert de Beauvoir-sur-Mer durant l’année 2026, avant que celle-ci ne ferme pour travaux.(c) Région des Pays de la Loire. Inventaire général. J. Minier

Après la mort du Christ, l’apôtre André serait parti prêcher autour de la mer Noire où le proconsul Egéas, dont il aurait converti la famille, l’aurait fait crucifier. Durant son long supplice, il aurait continué à prêcher devant une foule nombreuse. C’est pourquoi la plupart des tableaux évoquant le martyre de saint André représentent des scènes très animées avec une profusion de personnages.

Duquesnoy a limité la composition de sa sculpture au seul personnage portant symboliquement l’objet de son martyre. C’est le parti adopté également par Chéron, ce qui n’en donne que plus d’expressivité à sa représentation.

(c) Région des Pays de la Loire. Inventaire général. J. Minier

L’installation du tableau dans l’église n’est pas précisément documentée, mais les Chroniques paroissiales attribuent au curé André Erard et au vicaire Jean Viaud l’aménagement dans le transept de deux retables dédiés à saint Jean et à saint André. Ces deux retables portaient la date de 1623 et auraient disparu dans les travaux de restauration de 1883, sans que l’on sache pour autant à quelle date le tableau de Chéron aurait trouvé sa place.

Construite à l’emplacement exact où saint Philbert avait fait construire à la fin du VIIe siècle un monastère bénédictin, l’église Saint-Philbert de Beauvoir-sur-Mer (XIe – XIIe siècles, avec des rajouts au XIVe et au XIXe siècles) est considérée comme un chef d’œuvre de l’art roman. Elle est inscrite aux monuments historiques depuis le 29 octobre 1926.

Eglise Saint-Philbert à Beauvoir-sur-Mer (85). (c) Région des Pays de la Loire. Inventaire général. J. Minier

Ouverte tous les jours de 8h à 19h avant travaux en 2027

En haut de page : Saint André portant sa croix, détail. Eglise paroissiale Saint-Philbert de Beauvoir-sur-Mer en Vendée. (c) Région des Pays de la Loire. Inventaire général. J. Minier

Depuis 2020, la Région des Pays de la Loire conduit une étude d’inventaire exceptionnelle portant sur l’ensemble des peintures mobiles conservées dans les églises de la région. Cette étude transversale, menée par les chercheurs de l’Inventaire général en collaboration avec la Drac et les départements de Maine-et-Loire, de Mayenne et de Vendée, vise à dresser une cartographie complète de ce patrimoine méconnu et parfois menacé. A ce jour, ce sont :

  • Plus de 1 000 communes visitées dans les 5 départements
  • Près de 1 800 églises, cathédrales et basiliques explorées
  • 3 200 peintures recensées
  • 330 tableaux sélectionnés pour étude et propositions de protection et de restauration

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