LES PÉPITES DES AMBASSADEURS DU PATRIMOINE #4
A Vimartin-sur-Orthe, en Mayenne, la légende raconte la mésaventure arrivée à un seigneur du XVIIe siècle. Une légende tenace qui a donné lieu à la construction d’une chapelle, un pèlerinage marial et un tableau insolite qui a retenu l’attention de Rémi Plotard, chercheur et Ambassadeur du patrimoine dans ce département.
Commençons par la légende… Au XVIIe siècle donc, le comte de Belin, châtelain d’Orthe, seigneur du Bourg d’Averton, de Tessé, de la forêt de Pail, entre autres nombreux titres de noblesse, est en visite sur ses terres. Il aperçoit un bœuf qui a cessé de paître et contemple fixement un chêne. Il s’approche, sans doute pour lui faire regagner le troupeau, ce qui met l’animal en fureur. Poursuivi par celui-ci, le seigneur se réfugie au pied de l’arbre, entre les branches duquel il aperçoit une statuette de la Vierge. Il implore la sainte et lui promet de faire bâtir une chapelle : le bœuf s’apaise aussitôt et le comte, honorant son vœu, décide de la construction d’une chapelle à l’emplacement du chêne.

Toile marouflée située dans le chœur de la chapelle du Chêne, représentant le comte de Belin, « sire d’Averton sauvé par la Vierge de la fureur d’un bœuf (qui) exécute son vœu et fait construire la première chapelle en l’honneur de Notre Dame du Chêne ». (c) Région Pays de la Loire, Inventaire général – Pierre-Bernard Fourny
Un chêne abritant une statuette miraculeuse

La chapelle du Chêne à Saint-Martin-de-Connée (commune nouvelle de Vimartin-sur-Orthe), important lieu de pèlerinage jusqu’au début du XXe siècle, fait partie des nombreux édifices bâtis d’après la légende de chênes ayant abrité des statuettes miraculeuses : ainsi la chapelle du Chêne de Segré et la basilique Notre-Dame-du-Chêne de Vion pour ne citer que ces deux exemples en Maine-et-Loire et en Sarthe. Dans le chœur, deux toiles marouflées et un ensemble de vitraux représentent la légende de la fondation du lieu de culte.
Façade de la chapelle Notre-Dame-du-Chêne, dite chapelle du Chêne. (c) Région Pays de la Loire, Inventaire général – Yves Guillotin



Verrière du bras ouest du transept, le comte de Belin implore la Vierge du chêne en bas à gauche. Le chêne et la statuette de la Vierge de Pitié placée dans son tronc. (c) Région Pays de la Loire, Inventaire général – Pierre-Bernard Fourny

Le tableau qui nous intéresse est situé dans le transept, à peine caché par le tronc d’un véritable chêne protégé par une grille. Il montre le comte au moment le plus critique de la légende, alors qu’il adresse sa prière à la Vierge dans l’espoir d’être sauvé de la colère du bœuf, dépeint en pleine charge. Le dynamisme de la posture du comte indique qu’il vient de parvenir au pied de l’arbre : son regard est pourtant déjà tourné vers la statuette de la Vierge de Pitié. La fuite et l’imploration sont ainsi condensées dans un même mouvement. L’artiste représente le comte avec une toilette de style Louis XIII, portant moustache et barbiche, vêtu d’un vêtement à crevés rouges, col à rabat et manches de dentelle. Le paysage en arrière-plan se découpe sur un ciel crépusculaire qui participe à la dramatisation de la scène.
Le Comte de Belin poursuivi par un bœuf. © Région Pays de la Loire, Inventaire général – Jeanne Minier
Le tableau n’a pas encore livré tous ses secrets
L’œuvre n’est pas la première représentation de la légende de fondation de la chapelle, loin de là… Le curé de la commune, Augustin Bressin, décrit dans son « Manuel du pèlerin à Notre-Dame-du-chêne » paru en 1862, un tableau « extrêmement ancien » et « au trois-quarts effacé », présent dans l’église en 1861. Il pourrait s’agir du tableau d’autel mentionné également par l’abbé Angot dans son « Dictionnaire historique, topographique et biographique de la Mayenne », réalisé en 1730 d’après les peintures du lambris de la voûte. Par la suite, cette œuvre a été recouverte par un autre tableau représentant la même scène, « assez mal fait » selon le curé qui précise que sa présence était provisoire. En effet, l’on sait aussi qu’un troisième tableau, peint gracieusement par l’artiste mayennais Lucien de Latouche, était en cours de création en 1862.
Lucien de Latouche (1811-1891) est un peintre d’histoire, connu pour une série de six œuvres illustrant les guerres de Vendée, présentées au Salon de l’Académie des Beaux-arts à Paris de 1857 à 1864. Il peint également des scènes de la vie quotidienne dont « Une Rue de Bretagne », remarquée par « Le Monde illustré » qui évoque, le 12 août 1865, « un ensemble saisissant qui rend admirablement la physionomie d’un jour de foire dans une petite ville de la Basse Bretagne ». Il est probable, bien qu’encore incertain, que le tableau actuellement conservé dans la chapelle du Chêne soit celui-là même que Lucien de Latouche projetait d’offrir à la paroisse. Son décrochage et son nettoyage pourront confirmer cette hypothèse…
Chapelle du Chêne à Saint-Martin-de-Connée – Vimartin-sur-Orthe (53) – Ouverte tous les jours de 8h à 19h.
En haut de page : Tableau Le Comte de Belin poursuivi par un bœuf, détail, chapelle paroissiale Notre-Dame-du-Chêne de Saint-Martin-de-Connée (53). (c) Région Pays de la Loire, Inventaire général – Jeanne Minier
Une étude exceptionnelle
Depuis 2020, la Région des Pays de la Loire conduit une étude d’inventaire exceptionnelle portant sur l’ensemble des peintures mobiles conservées dans les églises de la région. Cette étude transversale, menée par les chercheurs de l’Inventaire général en collaboration avec la Drac et les départements de Maine-et-Loire, de Mayenne et de Vendée, vise à dresser une cartographie complète de ce patrimoine méconnu et parfois menacé. A ce jour, ce sont :
- Plus de 1 000 communes visitées dans les 5 départements
- Près de 1 800 églises, cathédrales et basiliques explorées
- 3 200 peintures recensées
- 330 tableaux sélectionnés pour étude et propositions de protection et de restauration