Le tableau Le Triomphe de l’Eglise a été restitué à l’église Notre-Dame de Jallais le 22 juin 2026 après une restauration engagée par les lycéens des Pays de la Loire à la découverte du Plus Grand Musée de France. Kiriaki Tsesmeloglou, restauratrice, dévoile les ficelles de son métier.
Lisibilité, stabilité, réversibilité
Après un bref voyage dans l’histoire de la conservation — dont les premières traces remontent à l’Antiquité — Kiriaki Tsesmeloglou a exposé les principes fondamentaux qui guident sa pratique. S’appuyant sur la Charte de Venise (article 12).
Toute restauration respecte trois critères incontournables : la lisibilité de l’œuvre, la stabilité des matériaux employés, et la réversibilité des interventions, le tout dans le respect absolu de la création originale. Et ce dans le but de garantir que le patrimoine reste accessible aux générations présentes et futures.
Le Triomphe de l’Eglise restauré par Kiriaki Tsesmeloglou, de l’atelier K après 230 heures de travail, est de retour en l’église Notre-Dame de Jallais, à Beaupréau-en-Mauges. (c) F. Gaillard

Conserver – restaurer
Pour illustrer son approche, Kiriaki Tsesmeloglou a exposé une analogie intéressante : « la restauration d’un tableau, c’est comme la médecine ». Un tableau malade se soigne, grâce à des méthodes scientifiques physico-chimiques d’examens et d’analyses qui permettent de poser un diagnostic précis avant toute intervention. Elle a également tenu à clarifier une distinction entre la conservation, qui vise à stopper ou ralentir les altérations d’une œuvre, et la restauration, qui relève davantage d’interventions à caractère esthétique. Deux gestes complémentaires, mais bien distincts.
Inspiré d’une gravure de Rubens
Enfin, l’histoire du tableau lui-même réserve quelques surprises. Le Triomphe de l’Église s’inspire directement d’un carton du maitre Pierre Paul Rubens, Le Triomphe de l’Eucharistie, parvenu au peintre via une gravure, ce procédé explique pourquoi l’iconographie du tableau se retrouve en miroir par rapport à l’original de Rubens. A la fin du XVIIe siècle, les gravures jouaient un rôle capital dans la diffusion des grandes compositions picturales à travers l’Europe, servant de source d’inspiration pour de nombreux artistes. Mais ici le peintre ne s’est pas contenté de copier la gravure, il a remanié la composition, s’accordant une certaine liberté créatrice par rapport à l’œuvre du maître. Par exemple, il a remplacé la croix portée par l’Eglise par un ostensoir. Une autonomie artistique qui confère à ce tableau une identité propre.

En haut de page et ci-dessus : Le Triomphe de l’Eglise (c) Région Pays de la Loire – Inventaire général. P.B. Fourny
Des lycéens engagés pour le patrimoine
Le Triomphe de l’Eglise a bénéficié d’une restauration votée par des élèves de seconde du lycée Europe Robert Schuman en 2024. La Région des Pays de la Loire mène cette action spécifique à destination des lycéens, en partenariat avec la Fondation pour la sauvegarde de l’Art Français : « Engagés pour le patrimoine, les lycéens des Pays de la Loire à la découverte du Plus Grand Musée de France ». Chaque année, plus d’une centaine d’élèves de seconde découvrent en classe et sur le terrain des œuvres qui font partie de leur patrimoine de proximité, puis disposent d’une enveloppe de 10 000 € par département pour choisir celles qu’ils souhaitent voir restaurer.
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