Inventaire du patrimoine Le regard des experts Mayenne

Du feu naissent les Mystères…

Les pépites des ambassadeurs du patrimoine #6

Le 26 juin 1999, un violent orage cause l’embrasement de l’église Sainte-Anne de Thévalles, à Laval. Le feu détruit la toiture et endommage gravement l’édifice. La suite nous est racontée par Rémi Plotard, chercheur et Ambassadeur du patrimoine en Mayenne.

Commencent alors de lourds travaux de restauration pour remettre en état ce bâtiment du XIXe siècle. Le curé de la paroisse, Bernard Courteille, voit dans ces rénovations l’opportunité de renouveler le décor de son église et relance, au XXIe siècle, une tradition de commande religieuse du clergé auprès des artistes : ainsi, l’évêché fait appel au plasticien franco-malgache Alain Lucron pour un ambitieux projet de décor des murs de l’église Sainte-Anne.

Le sujet est choisi par la paroisse : les Mystères du Rosaire… Rien de bien mystérieux dans ces « mystères » qui désignent davantage une pratique religieuse qu’un secret bien gardé ! Il est ici question de séries d’événements bibliques, que le fidèle est invité à méditer à travers des prières prononcées à la manière du rite populaire du chapelet. Ces Mystères appartiennent à trois catégories : les « Joyeux », les « Douloureux » et les « Glorieux ». Chaque série est déclinée en cinq tableaux, qui sont livrés par l’artiste en 2002.

C’est précisément en octobre de cette même année que le pape Jean-Paul II fait évoluer le dogme catholique concernant les Mystères du Rosaire : les mystères « Lumineux » viennent s’ajouter aux trois autres. Alain Lucron se remet alors au travail, et cinq nouveaux tableaux sortent de son atelier. L’ensemble est encadré par Maurice Sorin, menuisier à Cossé-le-Vivien, puis inauguré en juillet 2003.

Pour mettre en scène ces différents épisodes des évangiles (parmi lesquels on trouve des épisodes de la vie de Marie et de celle du Christ), l’artiste adopte une approche résolument contemporaine. Une technique mixte est mise en œuvre : une couche de résine est déposée sur le bois et sculptée, puis peinte à l’acrylique ; plusieurs couches de vernis sont ensuite appliquées et des rehauts (touches de pigments clairs) à la feuille d’or sont apposés. Chaque tableau montre ainsi une surface fortement texturée, avec des dépôts successifs de matière, posés sur un fond sombre. Les œuvres sont réalisées dans une palette de tons chauds, dominée par l’or et des tons ocres. Les personnages mis en scène sont stylisés, avec des traits simples. Leurs visages sont ovales, aux expressions réduites à quelques lignes : ils se déploient, parfois solitaires, parfois agglutinés en foules compactes. L’ensemble présente une belle unité visuelle et un style affirmé, qui peut évoquer le Message Biblique (1956-1966) de Marc Chagall ou les figures expressives cernées de noir de Georges Rouault comme on peut le voir dans Passion (1949).

Une modernité que l’on retrouve également dans l’approche étonnante que propose Alain Lucron des scènes de l’évangile : les représentations se mêlent, les symboliques fusionnent. Ainsi, la Nativité prend place dans le tronc d’un arbre, en référence à « l’arbre de Jessé », sujet classique du vitrail et de l’enluminure médiévale, tandis que, sur le tableau intitulé L’Agonie, le Christ pleure des larmes de sang, un sujet doté d’une riche iconographie dans l’art chrétien bien sûr mais aussi dans diverses cultures et religions à travers le monde.

Ce cycle de 20 tableaux tranche avec les représentations parfois stéréotypées de l’art dit « saint-sulpicien » caractérisé par un certain sentimentalisme, en vogue dans la seconde moitié du XIXe siècle, plus critiqué à partir des années 1920, qui habille de nombreuses églises en France : il s’inscrit pleinement dans les tentatives de renouveau de l’art religieux, qui ont rythmé tout le XXe siècle, particulièrement en Mayenne.

Eglise Sainte-Anne de Thévalles, 220 avenue d’Angers à Laval (53)Ouverte tous les jours de 9h à 18h

Région Pays de la Loire – Inventaire général / François Lasa

En haut de page : Région Pays de la Loire – Inventaire général / Thierry Seldubuisson

Depuis 2020, la Région des Pays de la Loire conduit une étude d’inventaire exceptionnelle portant sur l’ensemble des peintures mobiles conservées dans les églises de la région. Cette étude transversale, menée par les chercheurs de l’Inventaire général en collaboration avec la Drac et les départements de Maine-et-Loire, de Mayenne et de Vendée, vise à dresser une cartographie complète de ce patrimoine méconnu et parfois menacé. A ce jour, ce sont :

  • Plus de 1 000 communes visitées dans les 5 départements
  • Près de 1 800 églises, cathédrales et basiliques explorées
  • 3 200 peintures recensées
  • 330 tableaux sélectionnés pour étude et propositions de protection et de restauration

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